Les produits de santé naturels contreviennent aux règles d'étiquetage

Le programme d'encadrement des produits de santé naturels mis en place par Santé Canada il y a deux ans a coûté à ce jour au gouvernement fédéral neuf fois plus cher que prévu, révèlent des données financières obtenues par Le Devoir. Et ce, sans donner les résultats escomptés, puisque à ce jour, contrairement au scénario de base, une infime partie de ces produits vendus dans les pharmacies et magasins d'aliments naturels répondent aux règles d'étiquetage que le ministère de la Santé lui-même peine à faire respecter.

Lancé en grande pompe en juin 2003, le Règlement sur les produits de santé naturels vise à «mieux outiller les Canadiens pour prendre des décisions éclairées sur les produits de santé naturels qu'ils utilisent», expliquait à l'époque la ministre de la Santé, Anne McLellan. Un budget de cinq millions de dollars devait alors être consacré sur cinq ans pour effectuer des recherches sur les médicaments alternatifs, huiles essentielles, suppléments vitaminiques et consorts.

Près de trois ans après son entrée en vigueur, 41,5 millions ont été consacrés à l'évaluation et à l'homologation des produits de santé naturels. Entre 2004 et 2006, Santé Canada a même doublé le budget annuel de fonctionnement de son département chargé de ces «mises en conformité» pour le porter à 15 millions.

Selon la loi, les médicaments dits alternatifs doivent présenter aux consommateurs sur leur emballage un numéro de produit naturel (NPN). Ce numéro garantit son innocuité, mais aussi la qualité de sa fabrication.

Le hic, malgré les investissements du fédéral, c'est que ces numéros brillent toujours par leur absence dans les pharmacies, et ce même si plusieurs catégories de produits, par exemple les suppléments d'oméga-3, la glucosamine, les huiles essentielles pour usage interne ou les probiotiques, doivent afficher leur NPN depuis le 1er janvier 2005 pour les uns, le 1er juin 2005 pour les autres.

«Le Canada a été très ambitieux, a reconnu hier Julia Hill de Santé Canada. Aucun autre pays n'a adopté un réglement sur les produits de santé naturels aussi large. Nous avons fait face à d'importants défis et nous sommes en train de les relever.»

En avril dernier, une enquête du Devoir a révélé que 12 000 produits étaient en attente de traitement dans les bureaux du ministère. Au rythme où les demandes étaient alors traitées, huit années auraient été nécessaires pour en venir à bout. Santé Canada s'était alors donné six mois pour revoir ses modes de fonctionnement et pour désengorger la machine. En vain.