Ottawa annonce un surplus de 5,3 milliards

Ottawa — Le Canada se dirige-t-il tout droit vers un autre plantureux surplus imprévu? La question était sur toutes les lèvres hier, alors qu'Ottawa a dévoilé un surplus de mi-année de 5,3 milliards, en hausse par rapport à la même période de l'année dernière. L'opposition crie à l'hypocrisie, tandis que les conservateurs assurent qu'ils respectent leur plan.

Ottawa a enregistré pour le mois de septembre dernier un déficit de 1,4 milliard, mais malgré tout le surplus cumulé au cours des six premiers mois de l'année financière est plus que confortable, et même en hausse de 400 millions de dollars par rapport à 2005.

«Ça démontre que le gouvernement fédéral a encore beaucoup trop d'argent pour ses responsabilités», conclut Pierre Paquette, critique en matière de finances au Bloc québécois. Il y voit un argument supplémentaire au règlement rapide du déséquilibre fiscal.

En mai dernier, le ministre des Finances conservateur, Jim Flaherty, avait prédit un surplus d'à peine 3,6 milliards pour l'année en cours. Pourtant, les chiffres de l'année ressemblent jusqu'à présent beaucoup à ceux de l'année précédente, pour laquelle le surplus s'est établi à 13,2 milliards.

«L'instabilité des résultats financiers mensuels montre qu'on ne peut pas faire d'extrapolation au sujet de l'excédent pour l'année complète», dit-on au ministère des Finances. On rappelle aussi que plusieurs mesures commencent à peine à se faire sentir et que d'autres ne réduiront les revenus fédéraux qu'une fois les formulaires d'impôt complétés. C'est le cas d'une multitude de crédits d'impôt annoncés dans le dernier budget, dont celui pour les titres de transport en commun (environ 200 millions par année) ou encore la baisse d'un point de la TPS.

La critique néo-démocrate, Judy Wasylycia-Leis, flaire la «tactique». «C'est une stratégie pour détourner notre attention et tout mettre sur la dette en fin d'année», dit-elle.

Le critique libéral, John McCallum, estime toutefois que le gouvernement n'est pas trop à blâmer. Selon lui, ce sont les fonctionnaires «hyper-conservateurs» qui ajoutent des mesures de prudence partout. «Les fonctionnaires ne donnent pas nécessairement toutes les informations aux politiciens.» Économiste, M. McCallum a été ministre du Revenu lorsque son parti était au pouvoir. En soi, un surplus élevé «n'est pas le pire des crimes», mais cela constitue une entorse à une promesse conservatrice.

Les trois critiques estiment que le surplus fédéral de l'année en cours dépassera largement celui prévu par M. Flaherty, Pierre Paquette se risquant même à avancer le chiffre de «huit ou neuf milliards de dollars».