Services culturels à l'étranger - Bev Oda confirme le grand ménage

Photo: Agence Reuters

Les organismes culturels présents à l'étranger devront s'y faire. Le gouvernement Harper est fermement décidé à revoir chacun des programmes culturels offerts par ses ambassades, ses consulats et ses hauts-commissariats. Quitte même à remettre certains services en question, a confirmé hier la ministre du Patrimoine canadien, Beverley Oda, qui a fermement défendu la volonté de son gouvernement de faire le ménage dans ses représentations diplomatiques.

Étonnée par la réaction enflammée suscitée par les informations voulant que les budgets dédiés aux arts et à la culture des représentations diplomatiques soient comprimés, voire éliminés en 2007, la ministre Oda s'est voulue rassurante. «Il y a eu une réaction immédiate quand les gens ont entendu dire que nous ne soutenions pas [la culture], mais ce que nous voulons faire, en fait, c'est nous assurer que nous donnons les services de la manière la plus efficace qui soit, quel que soit le département.»

Ainsi, tous les aspects du programme Promotion des arts du ministère des Affaires étrangères (MAE) seront scrutés à la loupe dans le souci de séparer les services efficaces de ceux qui ne le sont pas, a expliqué Mme Oda. Quitte, donc, à ce que certains services moins rentables soient abandonnés? «En effet, à la fin, on ne sait pas [si les services resteront les mêmes], puisque nous n'amorçons pas notre réflexion à partir d'un budget donné, mais à partir des besoins qui seront déterminés et des moyens nécessaires pour les combler.»

L'exercice-minceur découle des dernières compressions budgétaires, qui forcent aujourd'hui le MAE à réduire de 12 millions de dollars sur un an et demi son Fonds pour la diplomatie publique (ou ouverte). Il y a quelques semaines, le gouvernement avait fait part de son intention de couper l'aide aux tournées des artistes à l'étranger, mais il s'était ravisé après un mois de mise sous pression de la part des artistes, des organismes culturels et même de la ministre de la Culture et des Communications du Québec, Line Beauchamp.

La ministre Beauchamp a d'ailleurs reconnu avoir rencontré de nouveau Mme Oda, lundi, afin cette fois de faire la lumière sur les compressions envisagées par le gouvernement Harper. «Je pense qu'il est nécessaire qu'on ait des éclaircissements sur cette volonté, semble-t-il, de maintenir en place les différents services destinés aux organismes culturels dans les différentes ambassades. Mais il faut savoir maintenant comment cela doit se faire.»

Réunies hier à la même tribune, à Montréal, à l'occasion de la tenue de la Réunion interaméricaine des ministres et hauts fonctionnaires chargés de la culture à l'Organisation des États américains, Mmes Oda et Beauchamp n'ont pas abordé cette question, préférant concentrer leurs énergies sur la promotion de la diversité culturelle. «Je pense que [la ministre Oda] a bien compris le message et que ces éclaircissements viendront prochainement», a expliqué la ministre Beauchamp.

À cet égard, la ministre Oda affirme qu'elle a déjà commencé à consulter les différents organismes qui profitent de ces programmes afin de déterminer ce qui leur est essentiel. Ceux-ci lui ont confirmé la nécessité d'un soutien gouvernemental, nécessité qu'elle ne remet pas en question. La ministre compte d'ailleurs défendre ce point de vue auprès du ministère des Affaires étrangères. «Je fais pression afin que nous conservions les services requis par le secteur culturel», a-t-elle précisé.

L'enveloppe destinée à financer les volets culturels des représentations canadiennes pourrait toutefois changer, prévient Mme Oda. «Au fil des conversations, je comprends que les gens veulent savoir comment tirer le meilleur parti de leur entreprise, mais ils doivent comprendre que ça ne commence pas nécessairement avec une enveloppe donnée.» Ainsi, un service donné pourra être maintenu, mais à un coût moindre.

Déjà, ce changement de ton se fait sentir dans les services culturels des ambassades canadiennes à l'étranger, en particulier à Londres et à Paris, deux capitales hautement symboliques pour le pays. Le Centre culturel canadien de Paris n'a pas reçu les subventions nécessaires pour maintenir en l'état ses activités au cours des prochains mois et refuse depuis quelques semaines les propositions de collaboration future d'artistes et d'organismes culturels canadiens. Les lettres de refus parlent de l'impossibilité de prendre des engagements dans un contexte où il s'avère difficile d'honorer les contrats déjà signés. Les employés font aussi référence à «l'avenir incertain» du centre.

À Londres, cinq postes de responsable des services culturels de Canada House ont été abolis au début de l'année. Le volet culturel de l'ambassade du Canada à Berlin serait aussi affecté par des compressions budgétaires, selon nos informations. Ces nouvelles mesures découlent des compressions maintenues dans le Fonds pour la diplomatie publique (FPP). Au total, un peu plus de sept millions de dollars vont disparaître dans l'année budgétaire en cours, mais surtout en 2007-08.