Bob Rae s'oppose à toute limitation du pouvoir de dépenser

Québec — Après avoir rejeté l'idée d'ouvrir la Constitution canadienne pour reconnaître la nation québécoise, Bob Rae s'oppose maintenant à toute modification constitutionnelle qui viendrait limiter le pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral.

Lors d'une rencontre de presse, Bob Rae a commenté l'intention du premier ministre Stephen Harper d'encadrer, par la voie constitutionnelle, le pouvoir fédéral de dépenser dans les champs de compétence des provinces. M. Rae était de passage à Québec hier, pour une série de rencontres privées afin de faire valoir sa candidature à la direction du Parti libéral du Canada.

Cette idée de «neutraliser» la capacité du gouvernement fédéral d'agir, «c'est une grosse erreur», s'est insurgé M. Rae. «S'il [M. Harper] pense que c'est une bonne idée d'ouvrir la Constitution sur cette question, sur le Sénat ou quoi que ce soit d'autre, je ne suis pas d'accord avec lui.»

Le Toronto Star écrivait la semaine dernière que Stephen Harper consultait ses homologues provinciaux sur une manière de limiter le pouvoir fédéral de dépenser dans les champs de compétence des provinces. Dans son discours de Québec en décembre 2005 puis devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain ce printemps, M. Harper avait affirmé qu'il souhaitait «encadrer» le pouvoir fédéral de dépenser dans la foulée du «fédéralisme d'ouverture» qu'il entend pratiquer. La semaine dernière, il a réitéré qu'il n'appréciait pas les empiétements d'Ottawa sur les compétences des provinces, un tel pouvoir de dépenser étant contraire «à l'esprit même du fédéralisme».

Hier, Bob Rae a dit croire que «la question constitutionnelle n'est pas, franchement, la question numéro un pour la grande majorité des Canadiens et même des Québécois». Il n'y a pas «d'appétit» pour «une discussion abstraite sur la Constitution» visant la reconnaissance du Québec.

Modifier la Constitution, c'est «difficile», estime M. Rae. C'est devenu une entreprise de «démocratie populaire» et de référendums. Les tentatives pour reconnaître constitutionnellement la spécificité du Québec — Lac-Meech et Charlottetown — ont échoué. «Il faut être réaliste», a-t-il fait valoir.

Qu'a-t-il à offrir au Québec? «J'offre le Canada. Le Canada, c'est un grand pays, c'est un pays qui marche, a-t-il dit. On a, dans la façon dont nous gérons le Canada, un respect profond pour l'identité spécifique du Québec. C'est ce qui existe dans la Constitution réelle du Canada.»

Quant à la résolution sur la nation québécoise qui doit être débattue lors du congrès libéral dans deux semaines, Bob Rae, qui croit que c'est une erreur d'en discuter, voudrait que les libéraux trouvent une façon de la «canaliser».