Investissements canadiens à l'étranger - Le Canada doit mettre les minières au pas

Les entreprises minières canadiennes et leurs directeurs doivent être tenus responsables au Canada lorsqu'elles sont reconnues complices de violations des droits de la personne ou de dégradations environnementales à l'étranger, soutient le Réseau canadien sur la reddition de comptes des entreprises.

Jugeant que le volontarisme ne suffit pas, ce regroupement d'une dizaine organisations (ONG, syndicats et Églises), dont Droit et Démocratie, Amnistie internationale, Développement et Paix et l'Entraide missionnaire, demande également que le gouvernement canadien exige des entreprises qu'elles respectent des «normes clairement définies» en ces matières comme condition préalable à l'octroi de toute aide financière ou politique.

Ottawa devrait en outre élaborer des «mécanismes de surveillance, de vérification et de conformité» afin que les sociétés oeuvrant à l'échelle internationale assument leurs responsabilités, demande-t-on.

«En résumé, nous voulons faire en sorte que les communautés affectées par les activités des compagnies aient une voix», plaide Diana Bronson, de Droit et Démocratie. «Une mesure importante serait la création d'un poste d'ombudsman», ajoute-t-elle.

À ceux qui prétendent que le Canada n'a pas la possibilité juridique de poursuivre des directeurs de compagnies qui commettent des infractions à l'étranger, elle cite l'exemple du tourisme sexuel, un type d'infraction criminelle où le principe d'extraterrritorialité est maintenant reconnu.

Le réseau de surveillance de l'industrie minière tenait hier un colloque en marge d'une «table ronde» officielle qui réunira à Montréal jusqu'à jeudi des experts du gouvernement, de l'industrie minière et de la société civile. Des rencontres similaires ont déjà eu lieu depuis le printemps à Vancouver, Calgary et Toronto, à la suite d'une recommandation faite en 2005 par le comité permanent des Affaires étrangères et du Commerce international du Parlement fédéral.

Les investissements dans le secteur minier ont explosé dans le monde entier depuis le début de la présente décennie, notamment de la part des sociétés canadiennes.

Des experts étrangers invités hier au colloque ont donné quelques exemples de cette présence canadienne dans des pays choisis.

Huit des douze mines en activités au Ghana appartiennent à des intérêts canadiens, a observé Thomas Akabza, coordonnateur de l'African Initiative on Mining Environment and Society. «Ces sociétés n'ont pas un très bon dossier en matière de protection de l'environnement, affirme-t-il. Les communautés affectées essaient de présenter leurs doléances au gouvernement local, mais nos gouvernements ne sont pas des modèles de bonne gouvernance. Alors, nous nous adressons au gouvernement canadien.»

Au Pérou, environ 70 «junior» canadiennes sont impliquées dans des activités d'exploration, ajoute le directeur de l'ONG CooperAction, José de Echave, précisant que la propriété des entreprises minières n'est pas toujours facile à établir.

Deux des plus grandes mines en exploitation dans le monde à l'heure actuelle, situées en Nouvelle Calédonie, territoire français d'outre-mer, appartiennent à des intérêts canadiens, rappelle Jacques Saramin Boengkih. Une mine de nickel exploitée par Inco y menace selon lui la faune marine d'un immense lagon. «Les préoccupations des populations locales ne sont pas prises en considération, affirme M. Saramin Boengkih.