Pendant qu'Ottawa comprime, Québec bonifie

Invitée à commenter les choix du gouvernement Harper, la ministre Line Beauchamp a estimé hier qu’il était trop tôt pour sonner l’alarme.
Photo: Jacques Grenier Invitée à commenter les choix du gouvernement Harper, la ministre Line Beauchamp a estimé hier qu’il était trop tôt pour sonner l’alarme.

Difficile d'imaginer deux sons de cloche plus discordants. Tandis qu'Ottawa comprime les budgets destinés aux arts et à la culture dans ses représentations diplomatiques tout en jonglant avec l'idée de les éliminer en 2007, Québec prend carrément le pari contraire. Hier, la ministre de la Culture et des Communications du Québec, Line Beauchamp, confirmait l'intention de son gouvernement de bonifier le volet culturel de sa politique internationale. Une offensive qualifiée d'«essentielle» hier par Mme Beauchamp.

Prudente, la ministre a toutefois précisé que cette annonce n'avait rien à voir avec les informations voulant qu'Ottawa continue à sabrer les budgets culturels des ambassades, des consulats et des hauts-commissariats. «Nous ne sommes pas en mode réaction, nous avons toujours été en mode offensif, et nous le sommes encore», a dit Mme Beauchamp, en rappelant que les grandes lignes de la Politique internationale du Québec avaient déjà fait l'objet d'une première annonce, en mai dernier.

Depuis, rien n'a changé dans la politique sinon la ventilation des nouveaux crédits qui restait à peaufiner. Encore là, les décisions annoncées dans les dernières semaines par le gouvernement Harper n'ont eu aucun effet sur celles prises par le gouvernement Charest, assure Line Beauchamp. «L'idée n'en est pas une de compensation parce qu'on ne s'attend pas à ce que les services fournis [par Ottawa] diminuent. [...] Je fais dans l'ajout. Est-ce suffisant? Je réponds que c'est un ajout qui est perçu comme un effort appréciable.»

Services essentiels

Invitée à commenter les choix du gouvernement Harper, Mme Beauchamp a estimé qu'il était trop tôt pour sonner l'alarme. «Ce que nous avons compris des réponses données par le gouvernement fédéral, c'est qu'ils ne veulent pas modifier l'appui, mais la façon de faire.» Cela dit, la ministre n'a pas caché sa conviction qu'il fallait maintenir cet appui intact. «Les services offerts par le gouvernement canadien sont des services importants, et, pour les artistes, je pense qu'on peut dire qu'ils sont essentiels.»

Concrètement, ce sont 4,2 millions de dollars sur trois ans qui seront réservés au soutien du rayonnement de la culture québécoise à l'étranger, un investissement qui correspond à plus de 20 % du budget de la politique internationale du Québec. Ces fonds neufs seront alloués aux deux priorités choisies par le gouvernement Charest, soit la promotion du français dans le monde et la mise en marché des produits culturels du Québec

à l'étranger.

La circulation des artistes à l'étranger

Deux millions seront d'ailleurs consacrés à la stimulation de la circulation des artistes québécois à l'étranger, faisant de cette mesure la plus importante de la nouvelle politique. Le gouvernement entend insister auprès des marchés où le Québec est sous-représenté, notamment aux États-Unis, en Asie et en Amérique du Sud. Rappelons que l'aide aux tournées avait récemment été remise en cause par les conservateurs. Devant le tollé soulevé par cette annonce, le gouvernement Harper était finalement revenu sur sa décision.

Des crédits supplémentaires de 800 000 $ sont aussi prévus pour renforcer la présence collective des organismes artistiques et des entreprises culturelles québécoises dans les différents salons, festivals, événements internationaux. Cette tâche sera confiée à un réseau d'opérateurs et de mandataires, a précisé Mme Beauchamp. «À l'échelle du monde, il y a de grands réseaux qui sont à la base de réseaux incontournables. [...]. Il faut qu'on apprenne à les connaître, qu'on y soit présent et qu'on assure une pérennité.»

L'Observatoire de la culture et des communications bénéficiera pour sa part de crédits supplémentaires pour élaborer de nouveaux indicateurs statistiques qui permettront de mieux suivre l'évolution de la présence culturelle du Québec à l'étranger. Enfin, le gouvernement triplera les ressources financières consacrées aux programmes de traduction des oeuvres, plus particulièrement en langues anglaise et espagnole.