La relation Canada-Chine sera au coeur du premier voyage de Harper en Asie

Ottawa — Les relations ambiguës qu'entretiennent le gouvernement conservateur canadien et la Chine seront observées à la loupe alors que le premier ministre Stephen Harper effectue son premier grand voyage en Asie.

M. Harper rencontrera à Hanoï, au Vietnam, les 20 autres leaders du forum de Coopération économique de la zone Asie-Pacifique, une organisation qui met traditionnellement l'accent sur les enjeux mondiaux du commerce et de la sécurité.

Mais c'est la politique étrangère conservatrice dans deux grands dossiers — les relations Canada-Chine et le rôle potentiel du Canada dans l'apaisement des tensions avec la Corée du Nord — qui susciteront vraisemblablement le plus d'intérêt au Canada.

Des discussions sont en cours pour tenter d'organiser une rencontre bilatérale entre M. Harper et le président chinois Hu Jintao. Selon certains observateurs, le fait qu'à quelques jours seulement du début du forum, il n'y ait encore aucune confirmation de l'entretien en question signifie que les Chinois sont irrités et tiennent à le manifester.

«C'est sérieux [...]. M. Harper a du pain sur la planche», commente Michael Byers, de la chaire de recherche canadienne en politique mondiale et droit international de l'Université de

Colombie-Britannique.

Des tensions

Depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement conservateur, en janvier, les relations sino-canadiennes ont donné lieu à certaines tensions, notamment autour de la décision d'octroyer la citoyenneté honorifique canadienne au Dalaï-Lama, et des plaintes publiques à propos d'espionnage commercial de la part d'agents chinois au Canada. Aussi, les contacts officiels entre diplomates ou politiciens chinois et canadiens ont été peu nombreux ces derniers mois.

Le secrétaire parlementaire de Stephen Harper, Jason Kenney, a longtemps critiqué la Chine pour son attitude vis-à-vis des droits de la personne, ce qu'a dûment noté le gouvernement chinois, estiment des observateurs.

Fred Bild, qui a été ambassadeur du Canada en Chine de 1990 à 1995, soupçonne le gouvernement conservateur de n'avoir tout simplement pas de politique claire à l'égard de la Chine — à ses risques et périls. On doit avoir une stratégie face à la Chine, on ne peut pas la traiter comme si c'était le Liechtenstein, soutient M. Bild, qui enseigne maintenant en études asiatiques à l'Université de Montréal.

Le nombre de touristes et d'étudiants en provenance de la Chine a reculé considérablement ces dernières années, note aussi M. Bild.

Tout cela inquiète les gens d'affaires, qui craignent que le Canada ne se retrouve privé de certaines des retombées potentielles des échanges commerciaux et des investissements avec une puissance économique d'aussi grande envergure.

«[...] En tant que pays, nous devons consacrer beaucoup plus de ressources à notre stratégie visant les marchés en émergence», soutient Shirley-Ann George, vice-présidente pour les questions internationales à la Chambre de commerce du Canada. Selon elle, le Canada doit avoir plus d'experts sur place dans des pays comme la Chine et l'Inde. «Les autres pays ont de meilleures stratégies que le Canada et, chaque jour, ils font davantage de progrès, tandis que nous prenons davantage de retard.»