La nouvelle bataille de Harper: la drogue au volant

Le premier ministre Stephen Harper a annoncé son intention de sévir davantage contre ceux qui prennent le volant après avoir consommé de la drogue.
Photo: Agence Reuters Le premier ministre Stephen Harper a annoncé son intention de sévir davantage contre ceux qui prennent le volant après avoir consommé de la drogue.

Le Parti conservateur déposera sous peu un projet de loi destiné à lutter contre la conduite avec facultés affaiblies... par les drogues. Si le premier ministre souhaite ainsi donner plus de pouvoirs aux policiers pour s'attaquer à ce phénomène, la mise en application d'une telle loi pourrait toutefois s'avérer difficile.

Après les chauffards qui prennent le volant sous l'effet de l'alcool, le gouvernement conservateur de Stephen Harper veut maintenant rendre «socialement inacceptable» la conduite automobile sous l'effet de psychotropes. Un projet de loi à cet effet sera déposé d'ici une dizaine de jours afin de donner des outils aux policiers pour leur permettre de détecter les conducteurs sous l'effet de drogues. Mais cela risque toutefois d'être ardu à appliquer, préviennent les experts.

Selon les informations qui ont filtré au sujet du projet qui sera présenté, le premier ministre compte renforcer «les peines sanctionnant la conduite sous l'influence de drogues». Et pour permettre aux forces de l'ordre de déterminer plus facilement si un conducteur a consommé des drogues, on «facilitera les présomptions pour faire passer des tests d'haleine et de sang».

«Ces mesures empêcheront les gens de conduire s'ils ont pris de la drogue, a soutenu M. Harper hier. En fait, nous espérons rendre la conduite sous l'effet de drogues aussi inacceptable socialement que la conduite en état d'ébriété pour les adultes et les jeunes.» Le premier ministre a fait cette annonce alors qu'il participait au lancement de la campagne de sensibilisation des Fêtes axée sur la conduite sécuritaire et sobre devant des membres de l'association des mères contre l'alcool au volant (MADD), à Kitchener, en Ontario.

«Notre gouvernement reconnaît la nécessité de contrer la conduite sous l'effet de la drogue. Nous sommes prêts à prendre des mesures pour prévenir des incidents de ce genre, a aussi fait valoir le chef conservateur. Ce projet de loi vise à éviter des morts et des blessures inutiles à des gens innocents.»

Une loi difficilement applicable

Quelle que soit la volonté des conservateurs, une telle loi sera difficile à mettre en application si elle passe le test des Communes. Plusieurs questions demeurent, selon Mohamed Ben Amar, professeur à la faculté de médecine de l'Université de Montréal et spécialiste des substances dopantes. Des substances comme le THC, l'élément actif du cannabis, «peuvent être détectées dans l'urine même 30 jours, voire 60 jours après la consommation», a-t-il souligné hier.

Dans ce contexte, il sera difficile de déterminer le moment où la personne aura consommé une substance. Les tests sanguins pourraient être plus fiables. Cependant, «on ne peut pas aisément faire des tests sanguins parce que ça va contre la Charte des droits et libertés. On le fait parfois dans le cas où il y a un accident, mais c'est exceptionnel».

Le noeud du problème réside donc dans l'instauration de «tests fiables parce que les méthodes qui existent actuellement sont plus ou moins sensibles et plus ou moins fiables». Pour y arriver, les chercheurs devront mieux «connaître les seuils de détection de chaque substance». Et par la suite, «il faut savoir interpréter les tests».

De plus, «il faudra aussi déterminer les symptômes associés à cette substance, a-t-il expliqué. Pour cela, il faudra former des gens pour qu'ils comprennent bien les symptômes de chaque substance. La cocaïne et les amphétamines ne provoquent pas les mêmes effets que des dépresseurs du cerveau comme le valium ou encore les hallucinogènes comme l'ecstasy».

Même son de cloche du côté de l'avocate Roxane Hamelin. «Un fumeur de cannabis qui aurait fumé un joint quelques jours avant pourrait passer un test d'urine qui révélerait la présence, dans son organisme, d'une telle substance alors qu'il n'était pas sous l'effet du stupéfiant lorsqu'il a conduit sa voiture», a-t-elle fait valoir. Aussi, «un test d'urine ou l'analyse d'un échantillon de sang pourront difficilement permettre de mesurer la quantité de drogue qu'une personne aura consommée».

Elle juge toutefois essentiel de s'attarder à ce problème. À l'heure actuelle, «les policiers ne disposent d'aucun outil pour vérifier si une personne est sous l'effet de la drogue et pour mesurer la quantité de drogue que cette personne aurait pu consommer avant de conduire», a précisé Mme Hamelin. Cependant, «je ne pense pas que ce soit demain qu'on verra l'applicabilité d'un tel projet de loi. Je pense que ça va prendre plusieurs mois, voire plusieurs années», a-t-elle conclu.

Autres annonces

Interrogé à propos de ses intentions pour d'autres annonces qui s'inscrivent dans son programme de loi et d'ordre, M. Harper a déclaré que depuis 30 ans, le gouvernement canadien s'est montré trop mou devant la criminalité et qu'il lui faudra beaucoup de projets de loi pour redresser la situation. Il a aussi été irrité par les suggestions voulant qu'il soit en mode préélectoral.

«Nous avions promis [pendant la campagne électorale] de nous attaquer au crime, a-t-il lancé. Oui, nous avons plusieurs projets de loi qui touchent la justice. Cela pose-t-il un problème? Il y a un problème seulement si on ne veut pas en adopter, ce qui est le cas de l'opposition.»

Le Parti libéral a accusé hier le gouvernement conservateur d'hypocrisie en soulignant qu'il vient de retrancher quatre millions de dollars à un programme de la GRC portant sur le dépistage des conducteurs aux facultés affaiblies. «C'est difficile pour le premier ministre de donner l'impression de défendre la loi et l'ordre au moment où il coupe le financement des policiers», a lancé le député libéral Dan McTeague.

M. Harper s'est toutefois défendu en affirmant que le programme de la GRC était tout simplement inefficace. «Nous voulons consacrer nos ressources [...] à des programmes efficaces, a-t-il dit. Nous estimons que ce programme ne fonctionnait pas. Nous cherchons donc des méthodes plus efficaces de nous attaquer au problème.»

La conduite avec facultés affaiblies demeure la première cause criminelle de décès au Canada. Chaque jour, en moyenne, quatre Canadiens sont tués et plus de 190 Canadiens sont blessés dans des collisions liées à la consommation d'alcool et de drogues. Chaque année, plus de 70 000 Canadiens sont tués ou grièvement blessés dans des collisions attribuables à la conduite avec facultés affaiblies.

Avec la Presse canadienne