Les écologistes canadiens critiquent la position d'Ambrose

Rona Ambrose
Photo: Agence Reuters Rona Ambrose

Les groupes écologistes canadiens présents à la Conférence de Nairobi sur les changements climatiques ont dénoncé hier la volonté d'Ottawa d'exiger que les grands pays en développement comme l'Inde, le Brésil ou la Chine prennent dès maintenant des engagements de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), une attitude qui, selon eux, nuit aux discussions et s'avère contre-productive dans le contexte actuel des négociations portant sur la prochaine phase du protocole de Kyoto.

En agissant de la sorte, les groupes environnementaux jugent que le Canada fait preuve d'hypocrisie. «Qui sommes-nous pour dire aux pays en développement de réduire leurs émissions alors que nous ne sommes pas capables de réduire les nôtres?», a souligné Steven Guilbeault, de Greenpeace. «Pour que ces pays nous prennent au sérieux et commencent à prendre des engagements, nous devons démontrer des progrès, nous devons être crédibles.»

«Le Canada a des responsabilités historiques par rapport au dossier des changements climatiques», a ajouté Hugo Séguin, porte-parole de l'organisme Équiterre à Nairobi, au Kenya. «Les gaz à effet de serre qui causent les changements climatiques actuellement, ce sont des gaz qui se sont accumulés dans l'atmosphère depuis 150 ans, depuis l'époque de l'ère industrielle. C'est normal que les pays industrialisés soient les premiers à montrer leur sérieux et leur crédibilité en se donnant des objectifs de réduction. Après cela, les pays en développement le feront.»

De plus, le Canada ferait fausse route en formulant des requêtes aux grands pays en développement, et ce, avant même que les pays industrialisés ne démontrent clairement qu'ils atteindront leurs propres objectifs. «C'est une recette idéale pour l'affrontement avec les pays en développement», a jugé M. Séguin hier.

Cette semaine, la ministre canadienne de l'Environnement, Rona Ambrose, avait affirmé au Devoir que l'objectif du Canada lors de ces discussions consistait à inclure l'Inde et la Chine dans les efforts mondiaux de réduction des GES. «Nous sommes très préoccupés par l'absence de la Chine et de l'Inde, qui sont de grands émetteurs de GES. Il faut diplomatiquement les convaincre d'apporter leur contribution à la phase 2.», avait-elle dit.

Les groupes écologistes comptent par ailleurs presser le Canada à militer en faveur d'un «échéancier très strict» à ces négociations. «Le temps ne joue pas en notre faveur», a affirmé le porte-parole d'Équiterre. «Les impacts des changements climatiques deviennent de plus en plus clairs et l'urgence d'agir devient de plus en plus pressante», a ajouté Hugo Séguin.

Selon lui, le Canada devrait donc appuyer la fixation d'une date butoir claire, soit 2008, aux discussions entourant la deuxième phase de Kyoto pour laisser suffisamment de temps aux divers pays de ratifier l'entente et offrir aux entreprises une certitude à long terme en ce qui concerne les règles qui leur seront appliquées au cours des prochaines années.

Ottawa devrait en outre profiter du sommet pour «affirmer publiquement qu'il va tout faire pour respecter ces engagements internationaux», a soutenu M. Séguin, ajoutant qu'il est conscient que ce qui est demandé au gouvernement représente un «virage à 180 degrés par rapport à ce qu'il dit depuis des mois».