Diplomatie culturelle - Les conservateurs sont des «ignares», dit Liza Frulla

Le recul de la diplomatie culturelle canadienne forcé par le gouvernement Harper n'a reçu que des critiques acerbes hier de la part des professionnels et des spécialistes directement concernés.

Liza Frulla, dernière ministre libérale du Patrimoine canadien, a carrément traité les conservateurs d'«ignares». L'ancienne ministre provinciale de la Culture est intervenue sur les ondes de Radio-Canada, à la radio comme à la télévision, pour dénoncer la décision du gouvernement fédéral de sabrer dans les budgets culturels des ambassades, des consulats et des hauts-commissariats.

«C'est une question philosophique, a ajouté Mme Frulla. Pour eux, la culture n'est qu'une folle dépense. Ils ne la considèrent même pas comme un moyen économique.»

Autre réaction

Pierre MacDuff, président du Conseil québécois du théâtre et directeur général de la compagnie des Deux Mondes, a avoué son ahurissement devant la décision de réduire à néant d'ici quelques mois les budgets culturels déjà faméliques des représentations canadiennes à l'étranger.

«On ne sait plus quoi dire devant une telle décision. Mais puisqu'il le faut, je vais au moins ajouter deux choses. D'abord, cette décision traduit le mépris du gouvernement central actuel pour la culture canadienne. Ensuite, cette décision va à l'encontre des exemples offerts par les autres pays du G8. Le Canada peut donc s'inspirer de ce qui se fait de mieux ailleurs dans le monde en économie ou en droit mais pas en matière culturelle?»

M. MacDuff a rappelé qu'en 2005, l'Allemagne a dépensé plus pour la promotion de la culture allemande au Canada que le Canada n'a dépensé partout dans le monde pour le rayonnement de sa propre culture. «C'est à se demander si nos dirigeants regardent et connaissent ce qui se fait ailleurs, a poursuivi le directeur-président. La France et l'Angleterre, nos deux pays de référence au Canada dans tant d'autres domaines, sont présents avec des centres culturels importants dans toutes les grandes villes du monde.»

Peter MacKay

Interrogé en Chambre au sujet des intentions du gouvernement en matière de diplomatie culturelle, le ministre des Affaires étrangères, Peter MacKay, a répondu ceci: «Il est clair que nous n'avons pas l'intention de fermer le centre culturel de Paris.»

En fait, comme le révélait Le Devoir hier, l'intention n'est pas de fermer mais bien d'assécher et de vider le Centre culturel canadien de toute substance, comme le volet culturel de Canada House a perdu ses cinq employés permanents plus tôt cette année.

«Je le répète, le gouvernement n'a pas l'intention de fermer les centres des arts», a enchaîné le ministre MacKay en réponse à une question de Pauline Picard, députée du Bloc. «Aussi, il est nécessaire, dans chaque programme, dans chaque ministère, de chercher une façon d'accroître l'efficacité. Je sais bien que la députée a un intérêt pour la promotion des arts au Québec et dans tout le pays. J'encourage la députée à participer aux programmes avec des idées, avec la promotion des arts au cours de l'année.»