Revue de presse - Fuite et secrets

Ce fut une semaine houleuse pour la ministre fédérale de l'Environnement, Rona Ambrose, avec la confusion créée par son entrevue au Devoir, ses accrochages avec son homologue québécois Claude Béchard et le barrage de questions à la veille de son départ pour la conférence de Nairobi sur le protocole de Kyoto. Sa performance ne lui a pas valu que des éloges. Don Martin, de la chaîne CanWest, a pris bien note de l'annulation de sa comparution devant un comité du Sénat mardi. Il fait remarquer que ce n'est pas une première. Il rappelle qu'alors qu'elle présidait la conférence des parties, elle n'est restée qu'une journée à la conférence de Bonn le printemps dernier. En septembre, elle était absente d'une réunion de suivi en Suisse. Elle a aussi raté une rencontre au Mexique avec les ministres du G8 et des cinq plus importants pays en développement. Rona Ambrose, dit-il, n'a pas le contrôle de ses dossiers et multiplie les faux pas. À son avis, il est clair que Rona Ambrose est incapable, quand ça chauffe, de faire face à la musique.

Le premier ministre Harper n'est guère mieux, lui qui a annulé un sommet canado-européen en Finlande où Kyoto était à l'ordre du jour sous prétexte qu'en situation minoritaire, il ne devait pas trop s'absenter de la Chambre. L'excuse a perdu toute valeur quand l'opposition lui a offert de ne pas profiter de son absence pour embêter son gouvernement. Selon Chantal Hébert, du Toronto Star, l'attitude du premier ministre dans le dossier de Kyoto porte ombrage à la réputation internationale du Canada. Pour la première fois, le Canada renie sa parole, jetant un doute sur nos engagements futurs tout en donnant des arguments à d'autres pays qui, dans l'avenir, voudront faire fi des obligations jugées trop lourdes. Voilà un piège dangereux pour l'ordre multilatéral, écrit-elle. «Il est difficile de voir en quoi jouer à la cachette avec les partenaires européens du Canada et tenir un double langage au pays et à l'étranger sur les changements climatiques sert la stratégie du premier ministre en matière d'amélioration de la réputation et de l'influence du Canada sur la scène internationale», poursuit-elle. Elle se demande si les Canadiens n'ont pas simplement remplacé un gouvernement libéral habitué à envoyer des messages contradictoires aux États-Unis par un gouvernement conservateur qui fait la même chose mais avec le reste du monde.

L'or et la vie

Dans le Globe and Mail, c'est l'écrivaine Margaret Atwood qui rappelle le gouvernement à l'ordre dans le dossier des changements climatiques. Elle convient que tout le monde, elle comprise, préfère se faire dire que tout va bien et qu'aucun sacrifice ne sera nécessaire. Or on sait que c'est faux. «Quand nos leaders cesseront-ils d'agir comme de proverbiales autruches avec leur tête enfouie dans les sables bitumineux?» Blâmer les libéraux pour leur inaction, comme le fait Harper, ne passe plus, dit-elle. «C'est vous qui êtes au pouvoir, M. Harper. Le "rien" qui est fait est votre "rien".» Selon elle, il est temps que des mesures soient prises pour pénaliser ceux qui privilégient la fuite en avant et récompenser les citoyens qui font leur effort. Et pour illustrer les dangers de ne courir qu'après sa propre fortune, elle conclut par l'histoire du roi Midas, qui se voit accorder son voeu de pouvoir changer tout ce qu'il touche en or. Il en mourra, affamé devant sa nourriture et son eau dorées.

Les femmes à la cuisine

Frances Russell, du Winnipeg Free Press, s'inquiète des politiques du gouvernement Harper à l'endroit des femmes. Après la disparition du programme de garderies, la fin du programme de contestation judiciaire, les compressions à Condition féminine Canada et les commentaires sexistes de certains conservateurs, voilà qu'Ottawa veut permettre aux couples âgés de combiner leurs revenus pour fins d'impôt. Or, dit-elle, cette mesure n'aide en rien 43 % des femmes âgées qui vivent seules et affichent le plus haut taux de pauvreté. De plus, l'intérêt du ministre des Finances à étendre la mesure à tous les couples va à l'encontre d'une recommandation faite par un comité parlementaire en 1999. Combiner les revenus, comme le souhaitent avec ardeur les conservateurs sociaux, favorise les couples ayant un seul revenu très élevé. Plus ce dernier est haut, plus le partage entre deux personnes devient intéressant. Par contre, si les deux conjoints travaillent, celui qui a le plus faible revenu, en général la femme, peut se retrouver à payer plus d'impôt puisque le revenu sera taxé à un taux plus élevé. Ceci peut décourager bien des femmes de rester sur le marché du travail, exactement ce que veulent les conservateurs sociaux, soutient Russell, qui ne dit pas cependant si le couplage des revenus sera volontaire ou non.

En vrac

On le sait depuis un moment. Le boom albertain a quelques revers, dont une grave crise du logement. L'organisation Inn from the Cold souhaite venir en aide à 15 familles sans abri de la ville en aménageant une école pour les accueillir de décembre à avril, écrit le Calgary Herald. Les autorités scolaires et municipales sont d'accord, reste à consulter la communauté. L'objectif est de stabiliser la situation de ces familles et des enfants, ce que ne permettent pas les refuges temporaires existants. Un autre groupe attend de son côté l'autorisation pour transformer un grand magasin désaffecté en refuge pour célibataires. Le nombre de sans-abri augmente sans cesse à Calgary. On estime que 70 personnes arrivent chaque jour à Calgary, mais plusieurs n'arrivent pas à se loger. Les groupes décrivent les lieux comme des camps de réfugiés d'un filet social mal en point. Le maire Dave Bronconnier, de son côté, résiste à l'idée de construire des refuges permanents supplémentaires, préconisant plutôt des solutions à long terme pour les toxicomanes et les personnes souffrant de maladie mentale. La Ville s'est engagée à construire 200 unités de logement abordable cette année et veut faire davantage, mais elle demande l'aide de la province et d'Ottawa.

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