Nation: Ignatieff nuance davantage sa position

Devant les déchirements provoqués par le débat sur la nation québécoise au sein du Parti libéral du Canada, le prétendant au trône libéral Michael Ignatieff dilue encore un peu plus sa proposition en promettant qu'elle n'aura aucun effet concret. Le camp souverainiste invite déjà les fédéralistes du Québec à se rendre à l'évidence: leur rêve d'une troisième voie ne se concrétisera jamais.

Ottawa — Le meneur de la course à la chefferie libérale, Michael Ignatieff, a entrepris de recentrer son discours sur la reconnaissance de la nation québécoise hier en assurant aux militants que cette désignation n'aurait aucune portée. Le prétendant au trône libéral affirme maintenant que son éventuel gouvernement ne serait pas appelé à entreprendre quelque action que ce soit pour faire écho à cette reconnaissance.

Dans une lettre d'opinion publiée dans certains quotidiens du pays, Michael Ignatieff a tenté de calmer la tempête provoquée par son appui à une résolution de l'aile québécoise du PLC déclarant que le Québec forme une nation et enjoignant à un éventuel gouvernement libéral de former un comité d'experts pour étudier la possibilité de formaliser cette reconnaissance.

«La résolution ne réclame aucune action à être entreprise par un nouveau gouvernement libéral», écrit-il en s'adressant au public tant canadien que québécois. «Je m'oppose à tout statut constitutionnel spécial pour une province. Reconnaître le Québec comme nation au sein du Canada, ce n'est pas faire une nouvelle concession. Ce n'est pas non plus le prélude à un transfert additionnel de compétences. Notre fédération a déjà trouvé un bon équilibre entre l'autonomie provinciale et l'autorité fédérale.»

Son adversaire Stéphane Dion estime que les sorties de M. Ignatieff sur ce délicat sujet apparaissent «de plus en plus improvisées et amateur». «Il s'appuie sur [le ministre québécois des Affaires intergouvernementales canadiennes] Benoît Pelletier, il dit qu'il veut une reconnaissance purement symbolique. Mais je sais que ce que M. Pelletier veut, c'est une clause interprétative.»

Les huit candidats au leadership libéral s'étaient entendus pour délaisser ce débat, qui nuit au PLC. Mais pour les trois meneurs qui s'opposent à la reconnaissance de la nation québécoise, la tentation est forte d'exploiter ce thème qui heurte davantage leur adversaire Ignatieff. Selon un sondage Ipsos Reid diffusé cette semaine par CanWest News, 44 % des libéraux se disent moins enclins à voter pour le PLC s'il s'engage à reconnaître la nation québécoise, contre à peine 15 % qui se disent plus enclins. Au Québec, 63 % des personnes interrogées disent que cette reconnaissance n'aurait aucune effet sur leurs intentions de vote.

Chez les souverainistes, on salive devant ces déchirements. «Il ne nous reste plus qu'à souhaiter un beau "bienvenue" à M. Ignatieff dans la politique canadienne», a affirmé Jonathan Valois, député péquiste de Joliette et critique de M. Pelletier. «À partir du moment où on tente de satisfaire les Québécois, on déplaît aux Canadiens, et vice-versa. Tout cela rajoute juste de l'eau à notre moulin, nous les souverainistes, qui disons aux fédéralistes du Québec qu'ils vivent dans un grand rêve qu'un jour le Canada reconnaîtra la nation québécoise avec les pouvoirs qui viennent avec.»

Le chef Gilles Duceppe pense que le débat a été engagé par des personnes de bonne foi mais qu'elle se heurtent, une fois de plus, à «l'incompréhension» et même au «mépris» du Canada anglais.

Mercredi, l'équipe Ignatieff avait déjà commencé à battre en retraite, se disait prête à renoncer à la création d'un comité d'experts devant conseiller le gouvernement sur la meilleure façon de formaliser la reconnaissance de la nation. Tout cela éloigne grandement M. Ignatieff de son programme, dans lequel il promet que lorsque le contexte s'y prêtera, «les Canadiens devront se préparer à ratifier les modalités d'une entente qui reconnaît le fait que nous sommes un pays composé de nations distinctes, dans le cadre d'un nouveau document constitutionnel».