Nation québécoise: Ignatieff propose un compromis

Ottawa — L'équipe de Michael Ignatieff, meneur dans la course au leadership libéral, est prête à adoucir la résolution sur la reconnaissance de la nation québécoise dans le but de faciliter son adoption au congrès national du parti, à la fin du mois.

La résolution, qui soulève la controverse au Canada anglais, comprend deux parties: la première stipule que le Québec forme une nation, tandis que la deuxième prévoit la mise sur pied d'un «groupe de travail d'experts» pour étudier la façon d'«officialiser» cette reconnaissance.

Or le clan Ignatieff, qui a appuyé sans réserve la résolution issue de l'aile québécoise du Parti libéral du Canada (PLC), est désormais prêt à laisser tomber la deuxième partie du libellé.

«L'essence de la résolution est dans la première partie, qui dit clairement que le Québec forme une nation, a expliqué hier le député montréalais Pablo Rodriguez, président de la campagne d'Ignatieff au Québec. Ça, pour moi, c'est la base et si la résolution était adoptée ne serait-ce qu'avec la première partie, déjà ce serait une révolution au PLC.»

Son collègue Denis Coderre, coprésident de la campagne nationale de Michael Ignatieff, abonde dans ce sens. «On ne dilue pas la question de la nation, a-t-il affirmé au cours d'un entretien téléphonique. Mais [l'abandon du groupe de travail], ça peut être un compromis.»

La création d'un groupe de travail inquiète plusieurs militants libéraux de l'extérieur du Québec, qui y voient une porte ouverte à la reconnaissance de la nation québécoise dans la Constitution, à laquelle plusieurs s'opposent.

Craignant que le débat sur cette résolution ne déchire le parti lors du congrès, à Montréal, les huit candidats au leadership ont entrepris des pourparlers afin d'en arriver à un compromis.

Il n'est toutefois pas acquis qu'un accord puisse être obtenu d'ici au congrès. En effet, certains candidats ont encore du mal a digérer l'utilisation du mot «nation». Stéphane Dion, qui a voté contre la résolution lors du conseil général de l'aile québécoise du parti, semble peu enclin à l'amender. M. Dion estime qu'il faut «préciser ce que nous attendons» d'une reconnaissance du Québec avant d'aller de l'avant avec le concept.

Mardi, Bob Rae mettait en garde contre la résolution actuelle en faisant remarquer que l'ancien premier ministre Bernard Landry l'avait saluée. Dans l'espoir de rapprocher les divers camps, M. Rae a proposé de s'inspirer d'un rapport qui reconnaît le Québec comme «nation au sens sociologique du terme», publié récemment par l'ex-ministre Martin Cauchon, un de ses supporters. Son appui au terme «nation» n'est toutefois pas inconditionnel.

«Il existe plusieurs mots et plusieurs expressions pour traduire la même pensée, a-t-il soutenu. Nous ne devrions pas nous en tenir à un seul d'entre eux.»

Plus étonnant encore, Michael Ignatieff lui-même se montre prêt à troquer le mot «nation» pour un autre quand viendra le temps de reconnaître la spécificité du Québec dans la Constitution.