L'Union européenne évoque une limite absolue au réchauffement du climat

Sans en faire une proposition formelle ou une position de négociation, l'Union européenne a évoqué hier à Nairobi l'hypothèse de fixer comme objectif scientifique à la lutte contre le réchauffement du climat de limiter de façon absolue à deux centigrades l'augmentation maximale de la température de la planète par rapport à son niveau de l'ère pré-industrielle. Depuis cette époque, la température du globe a augmenté en moyenne de 0,7 centigrade.

Cette hypothèse a été énoncée hier par le porte-parole de l'Union européenne, Arthur Rudge-Metzer, dans les premières présentations faites dans le cadre du début des négociations sur la deuxième phase de réductions du protocole de Kyoto, soit la phase qui débuterait après 2012. Même si les pourparlers entre hauts fonctionnaires et scientifiques de haut niveau vont démarrer ce matin à Nairobi, au Kenya, plusieurs pays ont tenu à faire hier des présentations pour illustrer leur vision du chemin à parcourir.

L'exposé de l'Union européenne fait suite à l'adoption par ses nombreux ministres de l'Environnement l'an dernier d'une stratégie visant à réduire de 18 à

30 % ses émissions de GES par rapport à l'année de référence 1990. L'Europe s'est engagée à réduire ses émissions durant cette première phase de 8 % sous la barre de 1990, un objectif qu'elle est en voie d'atteindre contrairement à l'Amérique du Nord, qui escamote totalement sa responsabilité historique et présente. Quant au Canada, il a évoqué hier un objectif de réduction beaucoup plus modeste de 45 à 65 % d'ici 2050, mais sans préciser s'il se référait aux termes de la loi sur l'air pur, qui propose comme année de référence 2003 et non 1990, comme le reste de la communauté internationale. Le Canada avait augmenté en 2004 ses émissions de 27 % par rapport à 1990.

Pour le porte-parole du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), Burt Metz, c'est autour d'une concentration de 450 parties par million de CO2 dans l'atmosphère terrestre que la température du globe aura augmenté de 2 °C. À cette concentration de CO2, a dit le porte-parole du principal organisme-conseil de l'ONU en matière de changements climatiques, le climat a une chance sur deux de pouvoir être stabilisé par les efforts de la communauté internationale. Il faudrait, a-t-il précisé, fixer un seuil plus bas pour avoir des chances plus importantes d'enrayer la hausse moyenne de la planète.

La concentration de CO2 dans l'atmosphère terrestre se situe présentement autour de 380 parties par million (ppm). Cette concentration augmente de deux à trois pour cent par année, ce qui laisse à l'humanité de 20 à 25 ans pour empêcher ses émissions de franchir le seuil des 450 ppm. Selon plusieurs études convergentes, le climat moyen de la planète devrait avoir augmenté de deux centigrades le jour où cette concentration sera atteinte. Plusieurs chercheurs pensent qu'au-delà de cette hausse de la température du globe par rapport au niveau de l'ère pré-industrielle — soit avant que l'humanité n'amorce la combustion systématique des réserves de combustibles fossiles de la planète — plusieurs systèmes de stockage naturel du CO2 et du méthane dans le pergélisol ou dans le fond des mers vont amorcer le relargage de ces gaz à effet de serre, précipitant le climat dans une hausse exponentielle de son climat qui pourrait compromettre la survie de plusieurs espèces et des humains de plusieurs régions du globe.

Le représentant de l'Union européenne a précisé de son côté aux délégués des quatre coins du monde qu'un été comme celui qui a coûté la vie à 14 000 Européens en 2003 en raison de canicules extrêmes représentera tout au plus une «journée fraîche» en 2040 si on dépasse le seuil fatidique du 450 ppm ou des deux degrés centigrades. Il a aussi rappelé les récentes conclusions du rapport Stern, qui prévoit qu'il en coûtera 7500 milliards de dollars ou entre 5 et

20 % du PIB mondial si rien n'est fait pour endiguer le réchauffement du climat.

Pour sa part, l'ambassadeur Nishmora du Japon devait stigmatiser l'attitude de pays comme le Canada et les États-Unis qui, par orientation idéologique, se ferment les yeux devant l'urgence de passer à l'action dans le dossier des changements climatiques. Le Japon, a-t-il prédit, va aller beaucoup plus loin que les objectifs de la première phase de Kyoto.