Béchard est prêt à laisser Ottawa parler pour le Québec

Québec — Le ministre de l'Environnement Claude Béchard aimerait bien que le Québec puisse «parler de sa propre voix» à Nairobi la semaine prochaine, mais il se prépare à ce que ce soit son homologue Rona Ambrose qui expose la position du Québec à l'occasion de la 12e Conférence internationale des Nations unies sur le climat. Par conséquent, le ministre, qui s'envolera samedi à Nairobi, négociera jusqu'à jeudi avec le fédéral pour définir une «position commune».

C'est ce qu'il a précisé hier lors d'un point de presse où il révélait quelques éléments de sa rencontre avec Mme Ambrose, lundi à Montréal. La ministre fédérale avait sollicité cette rencontre pour «faire le point», a dit M. Béchard. Ce dernier avait suscité des inquiétudes à Ottawa la semaine dernière lorsqu'il avait promis de se montrer pugnace à Nairobi, évoquant même la possibilité d'y contredire ouvertement Mme Ambrose. Pour faire pression sur le fédéral, M. Béchard avait aussi, la semaine précédente, mis sur pied une coalition vouée à la défense de Kyoto. «On a mis du sable dans l'engrenage», s'est félicité M. Béchard hier, estimant avoir atteint «l'effet voulu».

Lundi, la ministre fédérale n'a toutefois donné que très peu de réponses claires à M. Béchard. Elle a confirmé que, à cinq jour de la conférence, Ottawa n'avait toujours pas de position arrêtée. «Nous, on sait ce qu'on va dire la semaine prochaine, a répliqué M. Béchard [...] pour nous, c'est possible d'atteindre Kyoto.» Ottawa devra souligner cette particularité québécoise, a ajouté le ministre, «sinon, nous, on va aller le dire».

Dans l'idéal, donc, le Québec voudrait parler de sa «propre voix» à Nairobi. Mme Ambrose n'a d'ailleurs «pas fermé la porte» à un tel scénario, a rapporté M. Béchard, mais il a précisé que des vérifications de «précédents» s'imposaient. Il faudrait aussi estimer les conséquences que cela aurait «au niveau des Nations unies». «On essaie d'être bien placés pour s'exprimer devant le plus de gens possible», a souligné le ministre.

Depuis quelques semaines, les ministres fédéraux semblent improviser en matière de changements climatiques. Le ministre Béchard a refusé d'utiliser le mot «improvisation», mais dit en avoir profité lundi pour obtenir «des éclaircissements» sur les intentions du fédéral. Il croit qu'Ottawa s'est «rendu compte, la semaine dernière, qu'il y a un défi majeur à présenter une position canadienne qui reflète vraiment ce que toutes les provinces veulent et ce que le Québec veut».

Ainsi, le Québec — qui réclame toujours 328 millions $ au gouvernement fédéral pour son plan de lutte contre les changements climatiques — a accepté de négocier pour définir une «position commune» à Nairobi. Le ministre Béchard s'est dit disposé à négocier sur la base d'une position qui «appuiera Kyoto», un élément à propos duquel il soutient avoir eu une «certaine assurance» de la part de Mme Ambrose. Cette position comporterait toutefois deux nuances. D'abord elle indiquerait que, dans l'Ouest du pays, les objectifs de 2012 «ne seraient pas atteignables». Ensuite, elle préciserait qu'une province [le Québec] serait capable «d'atteindre Kyoto» et qu'elle y serait «aidée par le gouvernement fédéral». «C'est une position sur laquelle on peut travailler», a dit le ministre. «Normalement, jeudi, on devrait avoir une bonne idée [...] du texte final qu'elle devra prononcer [et] si ça représente ou non ce que le Québec veut», a conclu le ministre.