Marché du climat: Harper confirme l'annonce d'Ambrose

Stephen Harper était de retour en chambre hier et il a confirmé les propos qu’avait tenus au Devoir sa ministre de l’Environnement, Rona Ambrose.
Photo: Agence Reuters Stephen Harper était de retour en chambre hier et il a confirmé les propos qu’avait tenus au Devoir sa ministre de l’Environnement, Rona Ambrose.

Après 24 heures de confusion, le gouvernement Harper a confirmé hier qu'il y aura bel et bien un marché du climat au Canada. La ministre de l'Environnement, Rona Ambrose, maintient donc les propos qu'elle a tenus au Devoir, alors que le premier ministre a appuyé sa ministre en Chambre. Rona Ambrose a aussi confirmé ses intentions à son homologue du Québec, Claude Béchard, lors de leur rencontre de lundi à Montréal.

Ottawa — La confusion involontaire semée la veille par la ministre de l'Environnement au sujet de la création d'un marché de crédits de gaz à effet de serre au pays semblait s'être dissipée hier. Interrogée en Chambre par le Parti libéral et le Bloc québécois, Rona Ambrose a tenu les mêmes propos que lors de l'entrevue publiée lundi dans Le Devoir. «Notre gouvernement croit que tout système doit être basé sur les forces du marché pour l'échange des droits d'émission de gaz à effet de serre et de polluants atmosphériques», a soutenu la ministre.

Rona Ambrose a toutefois répété qu'il n'était pas question que le gouvernement achète ou vende des crédits de gaz à effet de serre (GES) sur ce marché ou sur la scène internationale. «Contrairement aux libéraux, notre gouvernement ne croit pas qu'il doit maintenir un marché avec l'argent des contribuables. Les pollueurs doivent payer le plein prix», a affirmé la ministre.

Le premier ministre Stephen Harper, absent des Communes la veille, tout comme la ministre de l'Environnement, a entonné le même refrain en réponse à une question de Gilles Duceppe. «Le chef du Bloc québécois résoudra le problème en lisant l'avis d'intention relatif à la Loi canadienne sur la qualité de l'air. Il préconise la possibilité d'une Bourse relative au marché du carbone. Or le gouvernement est clair à ce sujet: les industries, et non les contribuables, auront à assumer les coûts», a-t-il dit. La ministre Ambrose a elle aussi fait référence au projet de loi sur la qualité de l'air, qui mentionne la création d'un marché du carbone. «J'invite l'opposition à lire les sections 27, 29 et 33 de la Loi canadienne sur la qualité de l'air, qui permettent un système d'échange nord-américain. De plus, il sera plus facile de développer des liens avec le marché européen», a-t-elle dit.

Le ministre de l'Industrie, Maxime Bernier, et le ministre des Affaires étrangères, Peter MacKay, qui soutenait la veille qu'il ne s'agissait que d'une «option parmi tant d'autres», n'ont pas répondu aux questions des journalistes hier. L'attaché de presse de Stephen Harper, Dimitri Soudas, qui a tenu des propos similaires, a simplement affirmé hier que «les paroles du premier ministre sont très claires».

Ambrose confirme à Béchard

D'ailleurs, des sources à Québec ont soutenu au Devoir que ce sujet avait été abordé lors de la rencontre de lundi entre Rona Ambrose et Claude Béchard à Montréal. La ministre fédérale a alors confirmé la nouvelle du Devoir à son homologue. Toutefois, elle n'a pas voulu s'avancer sur le choix de Montréal comme emplacement du marché du carbone, puisque même si la métropole a de très bonnes chances et est largement favorite, «toutes les ficelles ne sont pas encore attachées», a-t-elle dit. L'annonce pourrait par contre avoir lieu plus tard, au printemps.

Le chef du Bloc a également interrogé le premier ministre sur les cibles à venir. «Pour qu'il y ait une Bourse de carbone, des cibles de réduction d'émissions de gaz à effet de serre sont nécessaires. Or, dans le plan de la ministre de l'Environnement, il n'y a pas de cibles avant 2011. Est-ce que le premier ministre réalise que le printemps qui vient, c'est le printemps 2007, pas 2011?», a lancé Gilles Duceppe.

Stephen Harper a répliqué que des cibles seront fixées dès le début de 2007, alors que toute la réglementation sera en vigueur en 2011. «C'est l'intention de ce gouvernement de fixer des cibles au cours de la prochaine année. Dès 2011, nous aurons un système pour toute l'économie canadienne. C'est une avancée majeure, c'est la première fois qu'un gouvernement canadien est déterminé à ce que soit mise en application la réduction des polluants et des gaz à effet de serre», a-t-il dit.

Le Bloc québécois juge toutefois que les clarifications du gouvernement ne dissipent pas encore tous les doutes et n'expliquent pas la confusion de la veille. «On ne sait pas trop où ils s'en vont, a dit Gilles Duceppe à sa sortie de la période de questions. Alors que pour nous, c'est important, non seulement au niveau de l'environnement, mais aussi économiquement.» Le Bloc a d'ailleurs diffusé un communiqué pour réclamer que le marché d'échange de crédits soit bien mis en place à Montréal et non pas ailleurs au pays. Selon Gilles Duceppe, il faut agir vite pour ne pas que les entreprises canadiennes «manquent le bateau».

Au Parti libéral, on estime que le choix de Montréal est «logique». «Ça nous prend cette Bourse du carbone et elle doit être à Montréal», a soutenu au Devoir le député Pablo Rodriguez. Selon lui, tant que la ministre ne fera pas une véritable annonce, «tout reste très théorique». «La seule chose qu'ils ont réussi à faire, c'est mêler tout le monde.»

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Avec la collaboration d'Antoine Robitaille