Les députés s'ennuient à Ottawa

Ottawa — L'ordre du jour législatif du gouvernement libéral à Ottawa est si mince que la Chambre des communes n'a aucun projet de loi à débattre cette semaine. Du coup, le Parlement se tourne les pouces et pourrait bien carrément fermer boutique demain après-midi.

Il ne reste en effet absolument rien à l'ordre du jour de l'équipe Chrétien à débattre au Parlement. Il ne s'est pourtant écoulé que trois semaines de session parlementaire depuis le lecture du discours du Trône sensé donner une nouvelle orientation au gouvernement. Seulement trois nouveaux projets de loi ont été déposés, les 12 autres étant d'anciennes initiatives ramenées à l'ordre du jour. Il s'agit de C-14 établissant un régime de certification des diamants, C-15 apportant des modifications mineures à la Loi sur l'enregistrement des lobbyistes et C-2 portant sur le territoire du Yukon.

Pire, la plupart des comités parlementaires n'ayant pas encore été reconstitués depuis le discours du Trône, bien des projets de loi, comme celui sur la procréation assistée, sont en attente.

«Il y a déjà eu des semaines où les débats étaient moins longs et où la Chambre fermait un peu plus tôt, a reconnu le leader en Chambre du Bloc québécois, Michel Gauthier. Mais jamais, jamais, jamais, jamais on a eu un précédent comme celui-là. [...] Le gouvernement devrait traduire lui-même en gestes législatifs les grandes orientations qu'il est supposé avoir données dans son discours du Trône», a-t-il ironisé.

Son homologue allianciste tenait le même discours. «Le gouvernement a un ordre du jour aussi faible parce qu'il s'empêtre dans Kyoto et ses problèmes internes.»

Résultat de la minceur de l'ordre du jour: le gouvernement a décidé d'offrir dans la même semaine deux journées d'opposition, c'est-à-dire des journées où les partis d'opposition proposent une motion de leur cru, souvent dans le but d'embarrasser l'équipe gouvernementale. Il fallait tenir six de ces journées au cours des six prochaines semaines de session.

De plus, le gouvernement a utilisé la journée d'hier pour tenir un débat exploratoire sur la santé auquel la ministre Anne McLellan n'a pas cru nécessaire de participer. Il se poursuivra peut-être demain après-midi pour meubler le temps. Ce genre de débat a généralement lieu en fin de soirée, après le déroulement normal des travaux parlementaires.

Le gouvernement impute la situation actuelle à la volonté de l'opposition de retarder les travaux. C'est l'opposition qui aurait délibérément retardé la formation des comités, proteste le leader parlementaire, Don Boudria.

«Bien sûr l'opposition parlementaire a arrêté le fonctionnement des comités parce que ça ne leur tente pas de travailler. Ça on le sait. Le fait que les comités soient arrêtés fait que les projets de loi ne reviennent pas à la Chambre pour les lectures subséquentes.»

Une explication qui a fait exploser les partis d'opposition qui font remarquer que certains comités fonctionnent. On fait valoir aussi que lorsqu'un projet de loi en est à l'étape du comité, cela ne procure pas de travail à la Chambre, que le comité soit formé ou non.

M. Boudria promet que deux projets de loi seront déposés cette semaine, projets qu'il n'a pas voulu nommer. Mais cela ne remplira pas la journée de demain pour autant. Compte tenu des délais de préavis, seule la première lecture pourra être effectuée, opération qui dure à peine quelques minutes.

Le débat exploratoire sur la santé pourrait se poursuivre à ce moment, ce qui désole l'opposition parce qu'il n'est pas centré sur une affirmation. La motion demande simplement «que la Chambre prenne note de la discussion publique courante sur l'avenir du système canadien de soins de santé». «C'est faire parler le Parlement pour faire parler le Parlement, s'enflamme M. Gauthier. C'est comme de demander si on est pour ou contre la tarte aux pommes.»