Campagne libérale au leadership - Le clan Martin crie à l'injustice

Ottawa — Les ministres libéraux qui sont désireux de succéder à Jean Chrétien devraient quitter leur poste pour éviter qu'ils ne se servent de leurs fonctions officielles pour faire campagne, affirment des partisans de l'ancien ministre des Finances Paul Martin.

«D'un point de vue public au moins, les ministres seraient en conflit d'intérêts s'ils utilisaient leurs bureaux ou leurs aides pour faire campagne», a soutenu le député ontarien Dan McTeague au cours d'une entrevue.

Selon lui, en permettant à ses ministres de faire campagne, le premier ministre Jean Chrétien établit un système de deux poids deux mesures discriminatoire à l'endroit de M. Martin.

L'ancien ministre des Finances avait été contraint de démissionner du cabinet en juin dernier parce qu'il refusait de se plier à un moratoire annoncé par M. Chrétien sur les activités de financement et politiques reliées à une campagne à la direction.

Selon M. McTeague, il est injuste de permettre maintenant aux concurrents de M. Martin de faire campagne tout en demeurant au cabinet.

Un autre député, Jim Karygiannis, de la région de Toronto, a estimé quant à lui qu'il faudrait ajouter aux récentes règles d'éthique annoncées par M. Chrétien, celle obligeant des ministres à démissionner s'ils veulent se lancer dans une campagne à la direction du parti.

«À mon avis, les ministres auront un mal de fou à résister à la tentation d'utiliser leurs fonctions au cabinet pour assouvir leur ambitions politiques», a déclaré M. Karygiannis.

Le député de Hamilton, Stan Keyes, président national du caucus libéral et son confrère de Kitchener-Waterloo, Andrew Telegdi, ont déjà tenu des propos semblables dans le passé.

Pas question...

Le ministre de l'Industrie, Allan Rock, le vice-premier ministre John Manley et la ministre du Patrimoine canadien, Sheila Copps se sont retrouvés les mains liées par la décision de M. Chrétien en juin dernier. Pendant ce temps, Paul Martin était libre de faire campagne à sa guise.

Les partisans de Jean Chrétien et les stratèges des autres candidats n'ont pas commenté publiquement les suggestions du clan Martin. Mais sous le couvert de l'anonymat, ils affirment qu'il s'agit d'une question purement partisane. «Tout ce qu'ils veulent, c'est attirer l'attention de Paul», a déclaré un libéral senior.

D'autres font remarquer qu'il n'a jamais été nécessaire dans le passé pour les ministres d'abandonner leur poste à l'occasion d'une course à la direction.

Pierre Trudeau et d'autres membres du conseil des ministres avaient fait campagne pour succéder à Lester Pearson en 1968. M. Chrétien et d'autres ont fait de même après le départ de M. Trudeau en 1984. C'est toutefois John Turner qui avait été élu et il avait déjà quitté le conseil des ministres des années auparavant. Chez les conservateurs, Kim Campbell et Jean Charest avaient également fait campagne tout en demeurant ministres pour tenter de succéder à Brian Mulroney, en 1993.

Du côté de l'Alliance Canadienne, le chef Stephen Harper estime lui aussi que les ministres intéressés par la succession de Jean Chrétien devraient démissionner.

«Je crois que la fonction de ministre est un emploi à plein temps», dit-il.

Pour David Docherty, cependant, l'absence même temporaire des ministres lors de campagnes au leadership et leur remplacement par des ministres de moindre importance feraient plus de mal que de bien au pays.

«Le gouvernement Chrétien s'en trouverait affaibli jusqu'à son départ», explique le politicologue à l'Université Wilfrid Laurier.

Les politiciens sont habitués à jongler avec leurs devoirs officiels et leurs obligations partisanes, explique un organisateur libéral.

«Ainsi, des gens qui travailleraient dix heures par jour en travailleront 12 ou 16 s'ils font campagne. Si vous voulez devenir premier ministre, vous devez vous attendre à devoir trimer dur.»

Malgré tout, les ministres pourront profiter de voyages officiels pour leur campagne. Ils pourront par exemple annoncer un programme gouvernemental le jour et participer à des activités de financement ou rencontrer leurs partisans le soir.