Rapport de la commissaire à l'environnement - Les écologistes pressent Harper de passer à l'action

Si le gouvernement Harper pensait désarmer le milieu écologiste avec les critiques adressées par la commissaire à l'environnement au plan Martin-Dion de lutte contre les changements climatiques, il a fait fausse route. Tous y ont plutôt trouvé confirmation de la possibilité d'atteindre les objectifs de Kyoto si Ottawa fait preuve de leadership et de célérité.

La communauté écologiste canadienne et québécoise faisait consensus hier après avoir pris connaissance du rapport de la commissaire canadienne à l'environnement, Johanne Gélinas.

Son message s'adressait au premier ministre Stephen Harper: «La commissaire confirme que l'atteinte des objectifs de Kyoto demeure nécessaire et possible. Ce qu'il faut maintenant, c'est d'agir immédiatement et de façon déterminée», a déclaré au Devoir Hugo Séguin, du groupe Équiterre, en résumant la pensée générale.

Son homologue du Sierra Club, Émilie Moorhouse, a renchéri: «Cela doit se traduire par des objectifs et des échéanciers réglementaires à court terme qui vont s'attaquer aux deux principaux problèmes: les émissions de l'industrie gazière et pétrolière, la première source en importance, et les transports.»

Selon Steven Guilbeault, coordonnateur de Greenpeace Québec, le rapport de la vérificatrice en environnement «met en pièces la justification des conservateurs, qui pensaient trouver dans son rapport une excuse pour baisser les bras. Non seulement elle affirme que l'atteinte des engagements du Canada est possible, mais elle précise que le refus de réglementer et d'agir serait inacceptable, voire irresponsable, parce qu'elle reconnaît d'un point de vue scientifique que le réchauffement du climat constitue le principal problème d'environnement de la planète».

Néanmoins, les écologistes ont en général évité de tirer à boulets rouges sur l'ancien ministre fédéral de l'Environnement, Stéphane Dion, même si la commissaire déboulonne son plan d'attaque pour avoir raté les deux principales sources d'émissions de gaz à effet de serre au Canada, soit l'industrie pétrolière et les transports. Les écologistes craignent que le gouvernement Harper trouve matière à baisser les bras dans la dénonciation du plan Martin-Dion, ce qu'ils veulent éviter à tout prix. On s'est ainsi limité à dire hier «que la commissaire avait identifié à peu près les mêmes faiblesses dans le plan Martin-Dion, ce qui confirme effectivement l'essentiel de nos critiques de l'époque», a convenu Steven Guilbeault.

Selon Émilie Moorhouse, du Sierra Club, le gouvernement Harper doit rapidement adopter les recommandations de la commissaire à l'environnement pour amorcer par voie réglementaire des réductions d'émissions proportionnelles aux diverses sources. Selon le Sierra Club, Ottawa doit commencer par forcer la réduction des GES émis par l'industrie des sables bitumineux, une priorité que met aussi en avant l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA). Pour son président, André Bélisle, la hausse des émissions attribuables aux exportations de pétrole et de gaz aux États-Unis — responsables de 28 % de la hausse des émissions de GES au Canada depuis 1990 — explique aussi l'accroissement de la superficie des sols canadiens désormais menacés par les pluies acides.

Selon le Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement du Québec (RNCREQ), le rapport démontre que «les efforts déployés jusqu'ici par Ottawa sont trop timides et inefficaces» et qu'il faut les revoir pour redoubler d'efficacité, pas pour abandonner la lutte, comme les décisions récentes du gouvernement Harper le laissent entrevoir aux yeux du RNCREQ.

«C'est un changement de cap à 180 degrés auquel les conservateurs sont conviés et qui exige qu'ils s'attaquent aux principales sources d'émissions», a ajouté Hugo Séguin. Steven Guilbeault a noté à ce sujet que la commissaire à l'environnement «met en pièces la stratégie du gouvernement Harper quand il prétend qu'il est désormais trop tard pour atteindre les objectifs de Kyoto».

«Non seulement la commissaire Gélinas écrit noir sur blanc que c'est possible, mais elle ajoute que dans la pire des hypothèses, le gouvernement doit adopter de nouveaux objectifs, à court et moyen termes, et s'engager à les atteindre. C'est là-dessus que la population va juger son prochain Plan vert, et en particulier au Québec, où son attitude à l'endroit de Kyoto va avoir un impact sensible», a conclu Steven Guilbeault.