Déséquilibre fiscal - L'opposition accuse Harper de renier ses promesses

Ottawa — Les déclarations du premier ministre Stephen Harper sur le déséquilibre fiscal ont fait bondir les partis d'opposition hier aux Communes. Le Bloc québécois, le Parti libéral et le NPD ont accusé le gouvernement conservateur de renier sa promesse de régler ce problème en s'abritant derrière la difficulté d'obtenir un consensus entre les provinces. Le Bloc a réitéré que sans un montant consacré au règlement du déséquilibre fiscal au printemps, il allait voter contre le prochain budget. En Roumanie, le premier ministre Jean Charest a de son côté indiqué qu'il s'attendait à des «progrès significatifs» dès le budget fédéral de 2007.

Décalage horaire aidant, le premier ministre Charest a été le premier à réagir à l'entrevue que Stephen Harper a accordée au Devoir mardi dans ses bureaux d'Ottawa. À Bucarest pour le Sommet de la francophonie, tout comme Stephen Harper, d'ailleurs, Jean Charest a été très clair.

«On a fait beaucoup de progrès sur le déséquilibre fiscal depuis moins d'un an: l'élection d'un gouvernement qui reconnaît le déséquilibre fiscal, qui a nommé le déséquilibre fiscal dans son budget, qui l'a nommé à nouveau dans le discours du trône... Il a fixé un échéancier où il doit livrer des choses dans son prochain budget. Moi, je m'attends à ce que le premier ministre du Canada, conformément au discours qu'il a fait à Québec le 19 décembre dernier, livre des choses dans son prochain budget. Au prochain budget, il doit y avoir un progrès marqué, un progrès significatif», a soutenu Jean Charest.

Lors de l'entrevue, Stephen Harper a évoqué la possibilité de repousser l'échéance qu'il s'est fixée pour régler la question du déséquilibre fiscal, soit le budget 2007. Le premier ministre dit vouloir faire preuve de flexibilité puisqu'il est à la recherche d'un «large consensus» et qu'il ne veut pas imposer une solution aux provinces, qui pour l'instant ne s'entendent pas.

«Le mot "négociation" est trop fort actuellement, a dit Stephen Harper au Devoir mardi. On a des discussions et j'espère encore que nous aurons des propositions bientôt. J'espère que nous aurons un consensus au printemps. Je suis très optimiste. Mais en même temps, je suis prêt à continuer les discussions si on n'a pas de consensus assez large.» Le premier ministre a tenu un discours similaire lors d'un entretien avec Radio-Canada.

Une tirade que les partis d'opposition n'ont pas appréciée et qui a placé le gouvernement sur la défensive durant toute la période de questions hier. Le Parti libéral, qui niait la présence d'un déséquilibre fiscal lors de la dernière campagne électorale, a néanmoins ouvert les hostilités. «De façon irresponsable, le premier ministre a créé des attentes qu'il ne peut maintenant satisfaire, a lancé Lucienne Robillard. [...] Il repousse son engagement à la semaine des quatre jeudis.»

Le Bloc québécois, qui réclame 3,9 milliards par année pour le Québec sans quoi il n'appuiera pas le budget, est lui aussi monté aux barricades. «Le premier ministre serait-il en train de renier la promesse faite aux Québécois en pleine campagne électorale?», a demandé Gilles Duceppe. Le chef du NPD, Jack Layton, a quant à lui soutenu que les conservateurs n'avaient «plus l'intention du tout» de régler le déséquilibre fiscal.

M. Layton s'en est aussi pris au scénario de la TPS évoqué par Stephen Harper, qui consiste à céder la prochaine baisse de 1 % de la TPS aux provinces pour régler en partie le déséquilibre fiscal. Au Devoir, le premier ministre a dit qu'il n'avait pas de «position ferme» sur cette hypothèse, sans toutefois avancer qu'il s'agissait de l'option privilégiée. Jack Layton a soutenu que cette éventualité pourrait nuire à la cause du fédéralisme.

Le Bloc québécois, par contre, a apprécié l'idée du transfert d'une partie de la TPS. «C'est la seule façon de protéger de façon durable le Québec de l'humeur des gouvernements qui se succèdent à Ottawa et de planifier selon les besoins qui lui sont propres», a dit Pierre Paquette, le porte-parole du parti en matière de finances.

En l'absence du premier ministre, occupé en Roumanie, c'est le ministre des Finances, Jim Flaherty, qui a encaissé les coups de l'opposition hier. Il a soutenu que les discussions se poursuivaient et que l'échéancier du budget 2007 n'avait pas changé. «Nous vous en dirons davantage dans la mise à jour économique [prévue en octobre] et dans le budget 2007», a-t-il répondu, ajoutant que le dossier du déséquilibre fiscal est «très important pour les Canadiens» et demeure une priorité du gouvernement fédéral. Le ministre Flaherty a toutefois convenu que le gouvernement canadien était à la recherche d'un consensus entre les provinces.

À sa sortie des Communes, Gilles Duceppe fulminait encore. «Harper est en train de la briser [sa promesse]. Ce qu'il a dit à Québec [le 19 décembre 2005], c'est qu'il s'engageait à régler le déséquilibre fiscal. Il n'a pas dit: "Je vais le régler s'il y a un consenus." Tout le monde est capable de faire ça. Écoutez, moi, je peux bien vous dire que je vais régler la crise au Moyen-Orient si Israël et la Palestine sont d'accord. Alors, c'est pas sérieux. Il renie la parole donnée», a-t-il dit.

Le parti souverainiste a aussi accusé hier le gouvernement de ne pas prendre la menace des changements climatiques au sérieux. Mardi, lors de son entrevue avec Le Devoir, Stephen Harper a soutenu que le Plan vert II, qui doit être déposé d'ici deux semaines, mettrait la lutte au smog en tête de la liste des priorités, même si les changements climatiques feront aussi l'objet d'une section complète du plan. «La pollution et le smog sont des préoccupations plus grandes et plus immédiates pour la population», a-t-il dit.

Puis Stephen Harper a soutenu ne pas être aussi alarmiste que certains sur le réchauffement de la planète. «Voilà des propos qui en disent long sur la compréhension du premier ministre sur les enjeux environnementaux. Est-ce que les propos du premier ministre ne trahissent pas ses vraies intentions?», a demandé Bernard Bigras, critique du Bloc en matière d'environnement.

Dans un bon français, la ministre de l'Environnement, Rona Ambrose, a répliqué que le Plan vert à venir n'oublierait pas les changements climatiques. «Je peux rassurer mon collègue, notre plan va au-delà du protocole de Kyoto, parce que la priorité de notre gouvernement, c'est la santé de tous les Canadiens et les Québécois. Alors, notre plan s'attaque à la pollution atmosphérique de même qu'aux changements climatiques.»

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Avec la collaboration de Christian Rioux