Plan vert: priorité au smog

Ottawa — Le premier ministre Stephen Harper refuse d'accorder la priorité à la lutte aux changements climatiques, estimant plutôt que le smog urbain et la pollution sont des «préoccupations plus immédiates» pour la population. N'empêche, le Plan vert du gouvernement conservateur, qui devrait être dévoilé d'ici deux semaines, contiendra des mesures «sérieuses» pour s'attaquer à la fois au smog et aux gaz à effet de serre, a soutenu au Devoir Stephen Harper. Le premier ministre est d'ailleurs ambitieux et espère qu'à la fin de la session parlementaire d'automne, le Parti conservateur sera un exemple en environnement.

Lors d'une entrevue avec Le Devoir hier dans ses bureaux de l'édifice du centre, à Ottawa, le premier ministre a fait part de ses priorités pour la session parlementaire qui commence. En tête de liste, les thèmes qui l'ont porté au pouvoir: responsabilité, gestion économique efficace, lutte à la criminalité... Et un nouveau dossier: l'environnement.

Attaqué de toutes parts le printemps dernier pour avoir laissé tomber les objectifs du protocole de Kyoto et coupé plusieurs programmes de lutte aux gaz à effet de serre (GES), le gouvernement Harper a choisi de délaisser la défensive pour passer à l'attaque. Le Plan vert II, en référence au premier plan vert déposé par le gouvernement Mulroney, verra le jour d'ici deux à trois semaines. Selon nos informations, le dépôt demain du rapport de la Commissaire à l'environnement et au développement durable marquera le début du compte à rebours, alors que le dévoilement du plan est pour l'instant prévu début octobre.

Ce plan de près de deux milliards de dollars servira à redorer l'image du Parti conservateur (PC) en matière d'environnement. Et Stephen Harper le veut ainsi.

À la question: «Voulez-vous que le PC égale environnement dans la tête des gens à la fin de cette session parlementaire?», le premier ministre a répondu sans détours: «J'espère que oui. Je ne suis pas sondeur, je ne peux pas prédire les idées de la population. Mais je pense que l'ancien gouvernement n'a rien fait pour l'environnement. Quand nous sommes arrivés ici, nous n'avons trouvé aucun plan pour l'avenir de l'environnement. On pourra associer le Parti conservateur avec la conservation de l'environnement.»

Stephen Harper juge d'ailleurs qu'il faut prendre l'environnement dans un sens plus large, car selon lui, les changements climatiques ne sont qu'une priorité parmi d'autres. «La pollution et le smog sont des préoccupations plus grandes et plus immédiates pour la population», dit-il.

Le premier ministre ne se fait d'ailleurs pas aussi alarmiste que plusieurs scientifiques dans le dossier du réchauffement de la planète. «C'est un sujet compliqué qui évolue, affirme-t-il. On a des difficultés à prédire le temps qu'il va faire dans une semaine ou même demain! Imaginez dans quelques décennies!», lance-t-il. Selon lui, les partis d'opposition aux Communes, qui l'accusent de ne pas comprendre la science des changements climatiques, sont dans le même bateau. «Je dois dire que je ne crois pas qu'il y ait quelqu'un dans l'opposition qui comprenne vraiment la science des changements climatiques. Je l'ai dit, c'est un sujet très complexe.»

Malgré tout, le premier ministre affirme que son Plan vert II sera complet et ne contiendra pas uniquement des mesures contre le smog. «Il faut s'attaquer à la fois au smog et aux gaz à effet de serre. Nos mesures seront sérieuses. Si on contrôle seulement les rejets de dioxyde de carbone, la situation générale de l'environnement va être pire. Il faut contrôler toutes les émissions pour avoir un vrai plan vert à long terme», affirme Stephen Harper.

Le chef conservateur estime d'ailleurs qu'il est impossible de juger un plan écologique en quelques semaines. «Je pense qu'une des difficultés avec l'environnement, c'est que les mesures sérieuses sont des mesures à long terme, dit-il. On ne peut pas arriver avec un programme qui va changer l'environnement demain matin. On doit penser à long terme. On va réaliser notre travail dans 10 ou 20 ans.»

Il cite d'ailleurs l'exemple du premier ministre Brian Mulroney. «Il a été attaqué sans arrêt par les environnementalistes durant ses mandats, et le printemps dernier, il a reçu un prix pour honorer le premier ministre le plus vert de l'histoire!», lance-t-il.

Le premier ministre a également voulu se faire rassurant avec les provinces qui ont choisi de lutter contre les changements climatiques, notamment le Québec. «Pour vraiment faire des progrès en environnement, on doit inclure dans les discussions et les actions, non seulement l'industrie, mais aussi les provinces, dit-il. Nous aurons des fonds, mais nos actions ne peuvent pas être isolées des actions des provinces.» Reste à voir comment le tout prendra forme.

Selon les informations qui circulent à Ottawa, le Plan vert II rappellera l'aide financière accordée aux transports en commun dans le dernier budget, tout comme le crédit d'impôt destiné aux passagers des transports en commun. Le gouvernement veut aussi modifier la Loi sur la protection de l'environnement pour lui donner plus de dents, notamment contre les produits toxiques qui s'échappent dans l'air. L'industrie automobile pourrait aussi être sur la sellette, puisque Ottawa songe à lui imposer dès 2010 des normes très sévères d'émissions pour ses voitures, à l'image de la Californie.