Des coupes d'un milliard en dépit d'un surplus de 13 milliards - Le gouvernement s'acharne sur les citoyens, accuse l'opposition

Le ministre des Finances, Jim Flaherty, a dû défendre hier les coupes qu’il avait annoncées la veille.
Photo: Agence Reuters Le ministre des Finances, Jim Flaherty, a dû défendre hier les coupes qu’il avait annoncées la veille.

Ottawa — Les partis d'opposition se sont déchaînés, hier, pour dénoncer les coupes et compressions d'un milliard de dollars annoncées par le gouvernement conservateur, accusant le premier ministre Stephen Harper de montrer son «vrai visage et ses vraies valeurs».

Dans une rare démonstration d'unanimité, les trois partis d'opposition ont mené une charge à fond de train contre le gouvernement, l'accusant de tourner le dos aux plus vulnérables de la société alors qu'il enregistre un surplus budgétaire de 13,2 milliards $ qu'il consacre entièrement à la réduction de la dette.

Dans le colossal budget fédéral annuel, les coupes et compressions d'un milliard de dollars annoncées par le gouvernement conservateur s'apparentent à une goutte d'eau dans l'océan. Du milliard de dollars, environ 380 millions $ proviennent de fonds inutilisés.

Mais en choisissant de couper ou de réduire les budgets de programmes d'alphabétisation, de recherche en santé, de lutte contre le tabagisme chez les autochtones, de rationaliser l'administration de Condition féminine Canada, de faire disparaître le programme de soutien au bénévolat ou celui de contestation judiciaire qui aide les minorités linguistiques à défendre leurs droits devant les tribunaux, les conservateurs montrent leurs vraies couleurs, selon l'opposition.

«C'est une vision idéologique, inspirée de groupes de droite», a résumé le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, qui estime que le gouvernement conservateur «gouverne pour les plus riches de la société».

Conservant son calme, le premier ministre Harper a accusé les partis d'opposition de véhiculer des «faussetés» et d'exagérer. Il a aussi repris les arguments avancés par ses ministres lundi, à savoir que le gouvernement agit dans le but de gérer les finances publiques de façon responsable.

«Ce gouvernement, dans son [dernier] budget, entend augmenter les dépenses pour les autochtones, les femmes, les aînés et pour d'autres groupes de la société, a soutenu M. Harper aux Communes. Toutefois, en même temps, il a pris des décisions pour contrôler les dépenses d'une façon responsable, pour obtenir de vrais résultats d'une façon ciblée.»

Le milliard de dollars dégagé par cette révision de programme sert à financer des mesures comprises dans le budget conservateur, comme la réduction de la TPS ou l'allocation pour frais de garde. Les conservateurs se sont engagés à réduire le niveau de dépenses du gouvernement et à réaliser des économies de deux milliards de dollars en deux ans en révisant les programmes.

«Il est important de respecter les priorités des familles canadiennes, les priorités en santé, les priorités qui assurent la sécurité de nos communautés, et celles qui garantissent que les personnes âgées et les familles moyennes de tout le pays obtiennent un allégement de leur fardeau fiscal», a fait valoir le président du conseil du Trésor, John Baird.

Et ce fardeau fiscal est justement dans la mire des conservateurs. À sa sortie des Communes, le ministre des Finances, Jim Flaherty, confirmait que les conservateurs avaient toujours l'intention de réduire la quantité de taxes et d'impôts payés par les contribuables, lorsque le moment sera propice.

«Nous croyons que les Canadiens sont surtaxés», a ajouté M. Flaherty.

Les explications du gouvernement pour justifier les coupes ont eu pour effet de piquer au vif l'opposition.

«Comment ce gouvernement peut-il s'acharner sur les Canadiens les plus vulnérables? a lancé le chef libéral par intérim, Bill Graham. Les conservateurs, avec tout l'argent qu'ils ont reçu des contribuables, n'ont-ils aucune considération pour la condition humaine des Canadiens?»

«Il a endommagé les programmes pour les plus vulnérables, pour les groupes en marge de la société, des autochtones, les jeunes qui ont des revenus faibles et ceux qui ne peuvent pas lire. Ce sont ces personnes qu'ils ont décidé d'attaquer et pas les grandes pétrolières, par exemple, qui sont en train de recevoir plus qu'un milliard de dollars de subventions [...] chaque année», a renchérit le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jack Layton.

Les attaques ont été balayées du revers de la main par le ministre Flaherty. «C'est complètement absurde», a répliqué le ministre des Finances, soutenant que plusieurs programmes éliminés étaient tout simplement inefficaces.

«C'est du gros bon sens afin que les contribuables en aient pour leur argent», a-t-il ajouté.