Course à la direction du Parti libéral du Canada - Hedy Fry rejoint Bob Rae

Ottawa — Les allégations d'irrégularités fusent dans la course au leadership libéral, qui a par ailleurs perdu, hier, une autre candidate: Hedy Fry.

La députée vancouvéroise a annoncé en conférence de presse à Ottawa qu'elle se ralliait à la campagne de l'ancien premier ministre néo-démocrate de l'Ontario, Bob Rae. Mme Fry est la troisième candidate à abandonner la lutte après Carolyn Bennett et Maurizio Bevilacqua, qui se sont aussi rangés derrière M. Rae.

Mais c'est surtout les plaintes concernant l'achat illégal de cartes de membre du Parti libéral du Canada (PLC) qui a retenu l'attention, hier. Or dans quatre jours, les membres du parti choisiront les délégués qui éliront, en décembre, le prochain chef libéral.

En matinée, un militant libéral, George Kunz, a déposé une plainte auprès de l'aile ontarienne du parti dans laquelle il soutient que l'organisation du candidat Michael Ignatieff a payé des cartes de membre du PLC à quelque 59 personnes qui n'en voulaient pas, y compris un mort.

La Presse canadienne a aussi appris, hier, que trois membres d'une famille de la circonscription de Saint-Laurent-Cartierville, représentée par l'ex-ministre et candidat au leadership Stéphane Dion, ont reçu des cartes de membre du PLC sans les avoir demandées.

«Ce qui me choque, c'est qu'ils se sont servis de nos noms de baptême, qui ne figurent que sur nos documents de naissance, et tout ça pour un parti que je déteste», a témoigné en entrevue téléphonique Stefania Biacchi, une militante péquiste.

Dans un envoi connexe, Mme Biacchi, sa mère et sa soeur ont reçu une lettre signée par M. Dion dans laquelle ce dernier «souhaite la bienvenue à tous ceux qui viennent de se joindre à nous dans le cadre de cette course».

Quand elle a téléphoné au PLC pour se plaindre, Stefania Biacchi s'est fait dire que les cartes avaient été achetées par le camp de Joe Volpe. Le parti a refusé de confirmer.

L'organisation de Stéphane Dion n'a rien à voir avec ces cartes de membres, a assuré un porte-parole du candidat, André Lamarre. Selon lui, les lettres ont été envoyées à tous les membres de la circonscription, sans égard à la provenance des adhésions.

Le porte-parole de Joe Volpe, Corey Hobbs, a nié que l'équipe du candidat ait payé les adhésions de la famille de Mme Biacchi.

Le PLC enquête déjà sur d'autres informations voulant que l'organisation de l'ancien ministre de l'Immigration ait acheté des cartes à des membres de la communauté italienne de la région montréalaise. On attend un rapport à ce sujet cette semaine.

«Tout le monde est parti à la chasse aux sorcières», a déploré hier le directeur général de l'aile ontarienne du PLC, Dave Pretlove.

Hier avant-midi, M. Volpe a nié toute malversation de la part de son équipe et a refusé net de quitter la course. Il a insinué que ses origines italiennes ont pu jouer un rôle dans les allégations.

Les supporters de Joe Volpe prétendent en outre que ce dernier est victime d'une campagne de «salissage» menée par le camp Ignatieff, qui jouit d'importants appuis au Québec.

Bob Rae, pour sa part, n'a pas voulu critiquer directement M. Volpe, mais il l'a pressé de fournir des réponses.

«Ce qu'il devrait faire, c'est de demander [au parti] que ce soit éclairci aussitôt que possible et d'expliquer, s'il le peut, ce qui s'est passé», a affirmé M. Rae.

«Nous devons avoir dans le parti un sens clair de l'intégrité, un sens clair de la transparence», a-t-il ajouté.

La chef adjointe du parti, Lucienne Robillard, s'est aussi montrée indisposée par la controverse. «On n'a pas besoin de ça», a-t-elle lâché. Après tout, les libéraux viennent de perdre le pouvoir à cause, en partie, d'un scandale de corruption.

Le printemps dernier, Joe Volpe a été contraint de rendre au parti quelque 27 000 $ en dons faits au nom de mineurs, y compris des jumeaux de 11 ans.

Carolyn Bennett, ancienne candidate au leadership, a demandé à M. Volpe de se retirer de la course.