Entente entre Québec et Ottawa - Montréal sera exclu de l'entente sur l'aide aux travailleurs âgés

Québec — Les travailleurs âgés victimes de mises à pied massives auront bientôt droit à un coup de pouce des gouvernements pour réorienter leur carrière, selon ce qu'a appris la Presse canadienne de sources sûres au cours des derniers jours. Sauf que certains risquent d'être déçus d'avoir été mis de côté. Car tous les secteurs d'activité ne seront pas visés, et toutes les régions non plus.

Ottawa et Québec sont en train de mettre la dernière main à un programme de soutien destiné aux travailleurs âgés frappés de plein fouet par les nombreuses fermetures d'usines survenues dans plusieurs régions du Québec au cours des derniers mois, ont indiqué plusieurs sources gouvernementales.

Très attendu depuis longtemps par les travailleurs en fin de carrière menacés de licenciement et les syndicats, ce programme d'aide était aussi une des principales revendications du premier ministre Jean Charest auprès de son homologue fédéral, Stephen Harper, qui assumera la majeure partie de la facture.

La formule retenue sera celle d'un programme ciblé, réservé aux travailleurs de 55 ans et plus oeuvrant dans deux secteurs d'activité où sévit une crise d'une ampleur inquiétante: la forêt et le textile.

De plus, si les travailleurs licenciés de «la plupart des régions» pourront être admissibles à ce programme, ce ne sera pas le cas de ceux de Montréal, où on estime que le faible taux de chômage facilite la recherche d'emploi, même à un âge avancé, a indiqué une source bien au fait du dossier.

Cependant, on a appris que l'inclusion ou non de telle ou telle région au programme faisait partie des points de discussions, entre les deux capitales, qui retardaient l'annonce.

Le but poursuivi consistera à aider les travailleurs âgés les plus vulnérables, donc ceux risquant le plus de ne pas pouvoir se trouver d'emploi à la suite d'une fermeture d'usine. Il est prévu que la personne jugée admissible aura droit à un soutien de l'État jusqu'à un an, à compter de la perte d'emploi.

Il n'est pas question ici de favoriser la mise à la retraite des gens licenciés, mais bien de leur fournir les outils qui les aideront à décrocher un autre emploi malgré leur âge, d'autant plus que des pénuries de main-d'oeuvre sont observées dans d'autres secteurs que ceux visés, comme les mines par exemple, fera-t-on valoir.

On proposera aux employés licenciés de chercher à se reclasser par divers moyens: programmes de formation de la main-d'oeuvre, rédaction de curriculum vitae, informations sur les ressources disponibles pour la recherche d'emploi, etc. Ceux qui ne sont pas admissibles à l'assurance-emploi auraient droit à un soutien financier, qui reste à déterminer.

Nouvelle mouture du Programme d'aide aux travailleurs âgés (PATA), aboli par les libéraux en 1997, le programme à venir sera à frais partagés (financé à 70 % par Ottawa et à 30 % par Québec) et administré par Québec, qui est seul responsable des programmes de formation de la main-d'oeuvre sur son territoire depuis qu'il a rapatrié cette compétence.

Entente scellée

Si tout se passe comme prévu, l'annonce sera faite d'ici quelques semaines, prévoit-on. Lors d'un entretien téléphonique récent, les premiers ministres Harper et Charest ont scellé l'entente dans ses grandes lignes.

Jusqu'à tout récemment, on ne savait trop quelles étaient les intentions d'Ottawa dans ce dossier. En mai, dans son budget, le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, s'était engagé tout au plus à effectuer une «étude de faisabilité» au sujet des mesures d'aide à accorder aux travailleurs âgés.

Le programme fédéral sera mis à la disposition de toutes les provinces, mais visera au premier chef le Québec, où la situation est particulièrement inquiétante, alors que se multiplient les annonces de fermetures d'usines de sciage et de papetières dans plusieurs régions où l'économie repose sur la forêt.

On estime que pas moins de 7000 emplois ont été perdus depuis 2005 dans cette industrie et que 5000 autres seraient menacés à court terme.

Il est hasardeux de prédire combien de travailleurs se prévaudront du programme puisqu'on ignore le nombre de fermetures d'usines à venir, même si personne ne doute qu'il y en aura d'autres, le secteur forestier devant se restructurer pour survivre.

La force du dollar canadien, la baisse de la demande, la structure de l'industrie et la vétusté des équipements ont contribué à placer plusieurs régions du Québec en état d'alerte. Québec et Ottawa souhaitent que cette nouvelle mesure, alliée aux 1 milliard de dollars américains dus à l'industrie québécoise, en vertu de l'entente conclue récemment avec les États-Unis sur le bois d'oeuvre, aide l'industrie à traverser la crise, à se consolider et à regrouper ses activités pour mieux répondre aux besoins futurs du marché.