Charest réclame des excuses

Québec — Dans un geste rare, le premier ministre du Québec Jean Charest a écrit au Globe and Mail, hier, pour réclamer des excuses de la part de sa journaliste Jan Wong (voir le texte en page Idées). Mme Wong a publié samedi un article sur la fusillade au Collège Dawson, dans lequel elle imputait en grande partie aux tensions linguistiques et au racisme des «pures laines» les différentes tueries survenues dans les établissements d'enseignement à Montréal au cours des dernières décennies (Polytechnique, Concordia, Dawson).

M. Charest dit avoir été «choqué et déçu par cette analyse sectaire». Il considère que le texte de Mme Wong est une honte [une «disgrâce», écrit-il] et «témoigne d'une ignorance des valeurs canadiennes et d'une incompréhension profonde du Québec». Selon lui, Mme Wong devrait «avoir la décence de s'excuser auprès de tous les Québécois».

Au Globe and Mail, hier, le bureau de l'éditeur Edward Greenspon s'est refusé à tout commentaire. «Nous avons reçu la lettre, mais nous n'émettrons aucun commentaire», a répondu l'adjointe de M. Greespon, sans préciser si le journal allait publier ou non la missive de M. Charest. Au reste, comme lundi, lorsque la polémique a éclaté, Le Devoir a tenté de joindre Mme Wong, mais elle n'a pas rappelé.

Dans sa lettre, le premier ministre en a profité pour dire que les événements d'il y a une semaine n'étaient pas sans précédent puisqu'ils rappelaient des tragédies du même type survenues aux États-Unis, en France et en Allemagne. Sans compter «la fusillade survenue au centre-ville de Toronto le 26 décembre 2005», note M. Charest. Se portant à la défense du fait français, M. Charest affirme aussi que «loin d'aliéner notre métropole, comme le soutient injustement Mme Wong, [la langue française] contribue au contraire de manière puissante au caractère cosmopolite de Montréal et à la nord-américanité unique du Québec».

Délire diffamatoire

D'autres critiques de l'analyse de Mme Wong se sont fait entendre aujourd'hui. À la Chambre des communes à Ottawa, le député bloquiste de Saint-Lambert, Maka Kotto a lu une déclaration dans laquelle il a dénoncé «avec force» les affirmations de la journaliste. «Prétendre qu'il puisse y avoir un lien quelconque de cause à effet entre l'épisode dramatique du Collège Dawson et la loi 101 — qualifiée d'"infâme" par la journaliste — relève d'un délire diffamatoire déconnecté de la réalité québécoise.» M. Kotto a ajouté qu'en tant qu'immigrant, il s'est senti «très rapidement le bienvenu» dans la société québécoise. Selon lui, on tolère trop facilement le «Québec bashing» au Canada anglais. M. Kotto a ensuite invité le gouvernement conservateur et les autres partis d'opposition à «dénoncer sans plus tarder ces propos inadmissibles qui remettent en question les choix de la société québécoise, ses valeurs et ses fondements». Au moment où nous écrivions ces lignes, aucun parti n'avait répondu à l'appel du député Kotto.

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