Course au leadership - Chrétien donne le signal du départ

Le premier ministre Jean Chrétien a autorisé les ministres qui aspirent à lui succéder à lancer leur campagne. Paul Martin n’est plus seul dans la course.
Photo: Agence Reuters Le premier ministre Jean Chrétien a autorisé les ministres qui aspirent à lui succéder à lancer leur campagne. Paul Martin n’est plus seul dans la course.

C'est maintenant officiel: les candidats au leadership libéral ont le droit de lancer leur campagne. Et ils ne se sont pas fait prier. Déjà, la ministre du Patrimoine a décoché quelques coups en bas de la ceinture de son rival Paul Martin. Ce qui fait dire à l'opposition que le Parti libéral est en train de perdre sa capacité de gouverner.

Ottawa — Le premier ministre Jean Chrétien a finalement donné le signal de départ officiel de la course pour lui succéder, hier. Ceux qui prétendent prendre la direction du Parti libéral du Canada, et du coup devenir premier ministre, ont maintenant le droit de le faire ouvertement, sans toutefois négliger leurs responsabilités ministérielles.

«J'ai dit aux ministres qu'il peuvent commencer à s'organiser s'ils sont intéressés à se porter candidats. Ils connaissent les règles émises au printemps, elles sont claires. Ils doivent les respecter. Je leur ai très clairement dit que leur priorité première était leur ministère», a déclaré Jean Chrétien. «Je pense qu'ils peuvent combiner les deux. Ils auront probablement à travailler les week-ends.»

Les candidats pressentis encore ministres, les Sheila Copps (Patrimoine), Allan Rock (Industrie) et John Manley (Finances), pourront donc se battre à armes égales avec leur rival principal, l'ex-ministre des Finances Paul Martin. Ce dernier a pu prendre de l'avance depuis son expulsion du cabinet, en juin dernier. Il a d'ailleurs prononcé un important discours lundi sur les moyens qu'il entendait prendre pour combler le «déficit démocratique» au Parlement s'il était élu chef.

Dans l'entourage de M. Chrétien, hier, on insistait que ce discours n'avait «aucunement, catégoriquement pas» été la cause de la décision de M. Chrétien. Il avait dit qu'il attendrait de connaître la date du congrès au leadership pour donner le coup de feu de départ. «La date a été donnée [le 15 novembre], donc la course est commencée», indique-t-on à son bureau.

Et elle est bien commencée, la course. Les gants sont tombés immédiatement. Sheila Copps s'en est prise, dès sa sortie du cabinet, à M. Martin et son plan pour redonner du pouvoir aux simples députés.

«Plusieurs des changements majeurs de politique qui ont eu pour effet d'enlever du pouvoir aux députés ont été des décisions prises dans le budget», a lancé la ministre. «Historiquement, ce que nous avons vu au cours des dernières années, c'est que la concentration des pouvoirs dont l'ancien ministre des Finances parlait était principalement une concentration au ministère des Finances.»

Ensuite, John Manley a rappelé à mots à peine couverts que le resserrement des règles de recrutement de nouveaux militants, fait à l'instigation d'organisateurs du parti pro-Martin, nuisait à sa campagne. «Ce serait bien si les gens qui voulaient intégrer le parti puissent se procurer une carte de membre. Ce serait un bon début.»

Le temps est compté pour recruter de nouveaux membres du parti sympathiques à un candidat au leadership plutôt qu'un autre. Les délégués qui auront droit de voter au congrès seront choisis quelque part à la fin septembre ou au début d'octobre. Ce sont les militants du parti qui choisissent ces délégués, mais ils doivent être détenteurs d'une carte de mem-bre depuis au moins 90 jours. Le sort de la course sera en quelque sorte scellé dès juin.

De son côté, Allan Rock est resté nébuleux, encourageant ses supporteurs à continuer de bâtir sa campagne, mais répétant qu'il était trop tôt pour annoncer officiellement sa candidature. «Ceux qui, à l'intérieur ou à l'extérieur du Parti libéral, veulent appuyer ma candidature sont libres de reprendre leurs efforts. Des efforts pour bâtir une coalition de libéraux qui cherchent du renouvellement et des changements», a-t-il dit.

Denis Coderre (Immigration) a indiqué qu'il n'était pas dans la course. Quant au ministre de la Justice, Martin Cauchon, il ne s'est pas adressé aux journalistes.

Ministres et candidats

M. Chrétien pense que ses ministres peuvent très bien siéger au cabinet et mener leur campagne en même temps. «Ils peuvent le faire. La plupart d'entre nous peuvent marcher et mâcher de la gomme en même temps.» La condition étant qu'ils respectent les règles sur le financement des campagnes au leadership annoncées en juin dernier: l'identité de leurs donateurs devra être révélée aux 60 jours, ou au plus tard à la mi-octobre si l'argent est placé dans une fiducie sans droit de regard.

Ce n'est pas l'avis des chefs conservateur et allianciste, qui croient que les ministres aspirants chef devraient démissionner. «Leur priorité sera leur campagne au leadership. Il est très improbable que le premier ministre soit capable de maintenir ce gouvernement en place», a dit Joe Clark.