Martin favorable à un conseiller à l'éthique indépendant

Paul Martin a franchi une nouvelle étape dans sa campagne pour succéder à Jean Chrétien. Il a présenté ses idées pour réformer le Parlement en cherchant à se distinguer de son chef sans le critiquer de plein fouet.

Ottawa - Après avoir passé des mois à parler vaguement de «déficit démocratique», Paul Martin a finalement précisé sa pensée hier en dénonçant la trop grande concentration du pouvoir entre les mains du premier ministre et en suggérant, comme un des remèdes, la création d'un poste de conseiller en éthique véritablement indépendant.

Le thème choisi pour son allocution prononcée devant des étudiants en droit de l'Université York avait de quoi plaire aux députés libéraux mais tout pour irriter le premier ministre qui se prépare à présenter un projet de loi sur l'éthique des parlementaires. Or, un des points litigieux au sein de son caucus touche le statut du conseiller en éthique.

Bien que Paul Martin ait pris soin de dire qu'il décrivait une culture politique née d'une dérive amorcée il y a 30 ans, certains de ces commentaires représentaient des critiques directes à l'endroit de Jean Chrétien.

«Le point central de cette culture peut être résumé en une simple question qui est vue comme la clé pour ouvrir toutes les portes à Ottawa: "Qui connaissez-vous au Bureau du premier ministre?" C'est inacceptable et doit être corrigé», a-t-il ainsi lancé.

Il a ensuite insisté sur la création d'un conseiller en éthique, une proposition qu'il avait lui-même inscrite dans le premier Livre rouge libéral, mais contre laquelle il a voté il y a plus d'un an. Mais en revenant à la charge maintenant, M. Martin ajoute à la pression que les députés exercent déjà sur le premier ministre pour qu'il aille en ce sens.

M. Martin a toutefois évité les attaques directes et longuement expliquer quelques-unes de ses idées. Ainsi, la Chambre des communes doit, à son avis, redevenir le lieu des débats fondamentaux et le député, le lien entre le peuple et le pouvoir exécutif. Pour cela, des réformes s'imposent, dit-il.

Il en a suggéré six:
- un allégement de la discipline de parti pour permettre davantage de votes libres;
- une étude des projets de loi en comité avant que la Chambre ne les adopte en principe;
- une nouvelle procédure pour l'étude des projets de loi des députés;
- des comités parlementaires plus indépendants;
- un examen préalable des nominations par les comités;
- un commissaire à l'éthique indépendant et imputable au Parlement.

Selon M. Martin, ces réformes sont nécessaires pour contrer l'érosion lente de l'influence du député et les «sentiments d'aliénation, d'indifférence et même d'hostilité» des citoyens. La situation actuelle, où les députés finissent désillusionnés et «pris au piège d'un antagonisme aveugle», est un des facteurs, à son avis, de la chute continuelle de la participation des électeurs. Il a souligné qu'au cours des deux dernières élections fédérales, le nombre d'électeurs ayant appuyé le gouvernement était inférieur à celui de ceux qui avaient boudé les urnes.

Exclu du cabinet en juin pour avoir refusé de freiner son organisation, M. Martin s'en était tenu jusqu'à présent à des généralités. Ce premier énoncé substantiel coïncide avec l'annonce de la date du congrès au leadership, soit le 15 novembre 2003, et la levée prochaine de l'interdit imposé par M. Chrétien aux ministres désireux de se lancer dans la course. Après avoir pris une avance quasi insurmontable sur les plans organisationnel et financier, l'ancien ministre semble vouloir maintenant prendre les devants sur le front des politiques.

Ces éventuels adversaires John Manley et Allan Rock ont refusé de commenter. La ministre du Patrimoine, Sheila Copps, a soutenu, de son côté, qu'il n'existait pas de déficit démocratique. Par contre, a-t-elle ajouté, il y a toujours place à l'amélioration.

Les autres ministres se disaient ouverts au débat, mais refusaient farouchement de se prononcer sur le diagnostic posé par M. Martin. Contrairement aux ministres, les chefs des partis d'opposition avaient, eux, écouté le discours et parlaient de conversion soudaine mais insuffisante. Ils ont tous rappelé qu'en février 2001, M. Martin avait lui-même voté contre une motion reprenant mot pour mot la promesse du Livre rouge de créer un conseiller en éthique indépendant.

Et le chef bloquiste Gilles Duceppe de conclure: «Les surplus cachés pendant des années alors qu'il était ministre des Finances, ça c'est un grave déficit démocratique et s'il y a un responsable, c'est lui.»

L'allianciste Stephen Harper a pour sa part relevé que M. Martin n'avait rien dit sur l'élection des sénateurs, la démocratie directe et la réforme du mode de scrutin.