La Chine accusée de pratiquer le commerce d'organes humains

Ottawa — Affirmant qu'il s'agit d'un crime contre l'humanité, un nouveau rapport soutient que la Chine prélève les organes des adeptes du mouvement Falun Gong, interdit par la loi.

Des coeurs, reins, foies et cornées sont enlevés des cadavres d'adeptes qui ont été exécutés et vendus à prix fort à des personnes en attente d'une transplantation, parfois des étrangers, conclut le rapport.

L'avocat militant pour les droits humains David Matas, de Winnipeg, ainsi que l'ex-ministre fédéral libéral David Kilgour, ont entrepris une enquête qui a duré deux mois. Hier, ils ont affirmé que leurs découvertes étaient tellement étonnantes qu'elles étaient presque difficiles à croire.

«Les horreurs que nous avons découvertes sont presque incroyables, indique le rapport. Mais ce n'est pas parce que ces allégations sont difficiles à croire qu'elles sont fausses.»

Lors d'une conférence de presse, M. Matas a affirmé qu'il s'agissait d'une «nouvelle forme de mal» sur la planète. «Qui aurait cru à l'Holocauste avant qu'il ne se produise?», a-t-il demandé.

M. Kilgour, ex-secrétaire d'État pour la région Asie-Pacifique, a affirmé que les Canadiens sont au nombre des étrangers qui se sont rendus en Chine afin de recevoir ces dons d'organes illégaux. «C'est épouvantable, a-t-il dit lors d'une entrevue. On préférerait ne pas y croire.»

Les deux hommes ont effectué cette investigation bénévolement à la demande d'un organisme de Washington qui enquête sur la persécution de Falun Gong.

Réaction

Dans un communiqué, l'ambassade de Chine à Ottawa a rejeté les conclusions du rapport, affirmant qu'il s'agit d'une campagne «sans fondement et partiale» commanditée par Falun Gong, sur la base de «rumeurs et de fausses allégations». MM. Kilgour et Matas ont soutenu que leur recherche avait été effectuée de manière indépendante de la coalition et de toute autre organisation ou gouvernement.

Ils n'ont pas pu obtenir de visa afin de poursuivre leur enquête en Chine. Ils ont cependant recueilli des témoignages au Canada, aux États-Unis, en France et en Australie, en plus de consulter des sites Internet de centres de transplantation chinois. Ils ont aussi examiné des transcriptions en mandarin de conversations entre des médecins et d'autres représentants dans des hôpitaux et des centres de détention en Chine.

«Nous croyons que les adeptes de Falun Gong ont été victimes de prélèvements d'organes à une très grande échelle et que ces activités se poursuivent à ce jour», indique le rapport. Le document demande aux Nations unies de déterminer si la Chine contrevient au protocole de l'ONU interdisant le trafic d'être humains, qui comprend aussi les prélèvements d'organes.

En juillet 1999, la Chine a interdit le Falun Gong, un mouvement populaire reposant sur la pratique de la méditation et sur des exercices issus de la culture traditionnelle, qui attire des millions de personnes.

Des adeptes soutiennent que Pékin voit Falun Gong comme une menace et a ordonné la détention de milliers de membres du mouvement et l'exécution de centaines d'autres. La Chine nie s'en être pris aux adeptes du mouvement.