Port méthanier à Lévis - Le projet Rabaska n'est pas conforme aux normes de l'industrie

Les audiences sur le projet de port méthanier à Gros-Cacouna viennent de se terminer, mais celles portant sur le projet Rabaska pourraient démarrer lors de la rentrée politique de septembre. Pendant que Lévis signe des ententes économiques avec le promoteur de Rabaska sans attendre la conclusion de l'évaluation du projet, les groupes de pression entendent sortir le dossier de son cocon «local» afin que toute l'industrie maritime nord-américaine débatte des enjeux nationaux, voire internationaux, qu'il soulève.

Le projet de port méthanier Rabaska, qui serait situé à proximité de Lévis, n'est pas conforme aux normes internationales sur le trafic maritime, selon une étude rendue publique hier par le Groupe d'initiatives et de recherches appliquées au milieu (GIRAM).

Selon cette étude réalisée dans le cadre d'un programme de l'Agence canadienne d'évaluation environnementale (ACÉE), le projet Rabaska se traduirait par la création d'un port méthanier à risque dans un des passages les plus étroits du Saint-Laurent, soit à 500 mètres de la principale autoroute qu'empruntent 7000 navires par année. Les méthaniers, dont la longueur atteint jusqu'à 300 mètres, devraient manoeuvrer dans cet espace limité pour livrer annuellement quelque 10 millions de mètres cubes de gaz naturel liquide (GNL), identifié comme inflammable et explosif.

Le GIRAM a fait parvenir hier cette étude au ministre fédéral des Transports, Lawrence Cannon, en lui demandant d'en saisir — ainsi que du projet au complet — toute l'industrie portuaire et maritime, dont le développement à long terme pourrait être handicapé par ce nouveau port construit dans un des sites les plus sensibles du Saint-Laurent. Le groupe d'études et de pression demande au ministre fédéral de réunir le Comité d'analyse TERMPOL, responsable des analyses sur la sécurité et la fluidité maritime, afin qu'il étudie les changements qu'un feu vert au projet Rabaska entraînerait dans le trafic maritime. Et ces études, précisait hier Pierre-Paul Sénéchal du GIRAM, «ne doivent pas être déposées après que le rapport du BAPE aura été remis aux ministres, comme dans le dossier Gros-Cacouna, mais avant les audiences sur le projet Rabaska afin que la population et les commissaires puissent prendre connaissance de ses conclusions en toute transparence».

Selon l'étude du GIRAM, le site Rabaska ne correspond pas aux normes de la Society of International Gas Tanker and Terminal Operators (SIGTTO), contrairement à ce qu'affirme son promoteur. Les normes de la SIGTTO n'ont certes pas valeur réglementaire, comme celles de l'Organisation de l'aviation civile (OACI) par exemple. Mais elles servent de référence aux gouvernements et aux tribunaux dès lors qu'il est question de règles à suivre en matière de sécurité publique dans cette industrie.

Selon les normes de la SIGTTO, les autorités maritimes et le promoteur doivent analyser un projet non seulement à la lumière du trafic actuel mais aussi du trafic à très long terme, afin que la génération actuelle ne porte pas préjudice aux générations à venir et que les intérêts d'un promoteur ne priment pas ceux de toute l'industrie maritime.

Ses normes précisent que «les ports de transbordement de GNL doivent être localisés loin des routes maritimes achalandées et en dehors des zones de trafic important». Il y est d'autre part spécifié qu'«aucune installation d'amarrage de méthanier ne devrait être implantée dans un environnement caractérisé par le déplacement à proximité de navires de gros gabarit». C'est pourquoi la SIGTTO précise par ailleurs que promoteurs et gouvernements doivent «privilégier les sites aux embouchures des couloirs fluviaux plutôt que ceux qui sont situés loin à l'intérieur des côtes».

Si on ajoute à cela les difficultés d'accostage rencontrés par les méthaniers de forte taille lorsque les vents dépassent 25 km/h et les sept accidents maritimes relevés entre 1988 et 2003 dans le tronçon Lévis-Escoumins, le projet pourrait gravement entraver le trafic maritime actuel et futur, d'autant plus que les méthaniers ont préséance de passage, contrairement aux affirmations du promoteur, conclut Pierre-Paul Sénéchal.