L'entente sur le bois d'oeuvre menace la survie du gouvernement Harper

Ottawa — L'entente qui met un terme au conflit commercial sur le bois d'oeuvre continue de susciter la grogne. À tel point que cet accord pourrait devenir une menace à la survie du gouvernement minoritaire de Stephen Harper, puisque le NPD et le Parti libéral ont annoncé hier qu'ils allaient voter contre l'accord si celui-ci n'est pas modifié, alors que le Bloc québécois dénonce l'entente sans toutefois avoir pris de position finale. Or le gouvernement a l'intention d'en faire un vote de confiance cet automne, ce qui annonce un bras de fer politique.

Le premier ministre de la Colombie-Britannique, Gordon Campbell, a été le premier à attaquer l'entente hier. Samedi, il avait envoyé une lettre au ministre du Commerce international, David Emerson, ainsi qu'à l'ambassadeur canadien à Washington, Michael Wilson, pour leur souligner son mécontentement. «Malheureusement, cette version de l'accord ne satisfait pas nos principales exigences, peut-on lire. Un certain nombre de questions demeurent non résolues, ce qui nous empêche de donner notre appui à cet accord.» L'industrie québécoise du bois d'oeuvre a fait des commentaires semblables lundi, même si la position officielle ne sera connue que le 11 juillet prochain.

Le gouvernement de la Colombie-Britannique, qui avait appuyé la version préliminaire de l'entente conclue en avril dernier, s'insurge contre la clause échappatoire qui a été ajoutée à la dernière minute sous la pression des Américains. L'accord paraphé samedi est d'une durée de sept ans, avec une option de renouvellement de deux ans. Toutefois, dans 23 mois, un des deux pays pourra briser l'accord, qui mourra alors 13 mois plus tard. Concrètement, c'est donc dire que l'entente pourrait ne plus exister dans trois ans si l'un des deux pays le décide. Le ministre Emerson a toutefois jugé cette possibilité «très faible».

Rappeler le Parlement

Les partis d'opposition aux Communes ont emboîté le pas hier après-midi, réclamant un débat d'urgence sur la question, et ce, dès cet été. Le NPD et le Parti libéral ont réclamé la réouverture du Parlement, alors que le Bloc québécois a demandé que le comité parlementaire permanent sur le Commerce international soit reformé rapidement pour étudier l'entente.

Pour que cet accord entre Washington et Ottawa soit valide, il faut que la Chambre des communes approuve le projet de loi qui en découlera. Hier, le NPD et le Parti libéral ont exigé des modifications au texte, sans quoi ils voteraient contre l'accord. «C'est une entente inacceptable, et nous n'allons pas voter en faveur dans sa forme actuelle, a soutenu le chef du NPD, Jack Layton, lors d'un entretien avec Le Devoir hier. Cet accord n'est pas en ligne avec le texte préliminaire signé en avril. Il faut en débattre et voter dès cet été.»

Le NPD en a aussi contre le fait que l'industrie américaine gardera un milliard des 5,3 milliards de dollars versés en droits compensatoires par les compagnies canadiennes durant les cinq années de ce conflit. L'industrie canadienne obtient l'accès à une part stable de 34 % du marché américain, mais elle devra payer une taxe sur ses exportations au sud de la frontière si le prix du bois américain chute.

Le porte-parole libéral en matière de commerce, Dominic Leblanc, estime que la nouvelle mouture de l'accord ne permet pas la stabilité recherchée par les entreprises canadiennes. «Nous serons à la merci du protectionnisme américain», dit-il. Le porte-parole du chef intérimaire Bill Graham, Jean-François Del Torchio, a de son côté soutenu qu'il s'agissait d'une «trahison» envers l'industrie du bois d'oeuvre et que le texte serait rejeté par les libéraux s'il n'est pas modifié. Le Bloc québécois, de son côté, réserve son jugement pour plus tard.

Toutefois, il n'est pas question de rappeler le Parlement cet été, a fait savoir Dimitri Soudas, porte-parole du premier ministre Harper. «Le Parlement sera rappelé comme prévu en septembre et, à ce moment-là, on débattra du projet de loi qui met en oeuvre cet accord», a-t-il dit. Une source gouvernementale a confirmé au Devoir que ce projet de loi sera l'objet d'un vote de confiance, puisqu'il contient des mesures budgétaires. C'est donc dire que, si le gouvernement refuse de retourner à la table de négociations avec les Américains et que le NPD et le Parti libéral demeurent sur leur position, il reviendra au Bloc de décider de la survie du gouvernement cet automne.