Petite-Rivière-Saint-François - Le promoteur du Massif se donne jusqu'au 12 juillet

Québec — L'homme d'affaires Daniel Gauthier se donne jusqu'au 12 juillet avant de décider s'il ira de l'avant avec son projet récréo-touristique de 230 millions de dollars à Petite-Rivière-Saint-François, dans Charlevoix.

«On tente le coup de la dernière chance», expliquait hier la porte-parole du Groupe Le Massif, Diane Laberge en refusant toutefois de dire si les négociations se poursuivaient entre le Groupe et les deux ordres de gouvernement. «On ne fera pas de déclarations, on veut garder notre stratégie pour nous.»

Le groupe Le Massif, qui est dirigé par l'ex-président du Cirque du Soleil, Daniel Gauthier, avait annoncé, il y a plusieurs mois, qu'il donnait jusqu'au 30 juin aux gouvernements provincial et fédéral pour contribuer à ce projet de 230 millions, à défaut de quoi, il se retirerait.

Des 75 millions demandés au départ, le Groupe a, par la suite, limité ses demandes à 60 millions. Québec a octroyé la moitié de la somme, mais Ottawa n'a consenti que 20 millions, d'où un manque à gagner de 10 millions.

Peu après minuit, samedi soir, M. Gauthier a annoncé, dans un communiqué, qu'il se donnait désormais jusqu'au 12 juillet, avant de prendre une décision finale. «Trop d'efforts ont été faits jusqu'à maintenant pour tout arrêter sans tenir compte de l'importante mobilisation et des nombreux appuis qui se manifestent sans arrêt depuis les dernières 48 heures», a-t-il déclaré.

Appuis

Le promoteur jouit en effet de nombreux appuis dans la région de Charlevoix et à l'extérieur. Ces défenseurs vont de la Fédération des chambres de commerce du Québec aux élus locaux, en passant par la formation de gauche Québec Solidaire qui est sympathique aux valeurs de «développement durable» inhérentes au projet.

«Le milieu y croit à ce projet, ce n'est pas juste un projet de promoteur. C'est plus de 200 millions, mais ça ne paraîtra même pas!», a plaidé hier le maire de Baie-Saint-Paul, Jean Fortin. Le concept développé par le Groupe Le Massif vise à fondre les aménagements dans le paysage. «C'est un projet de 400 unités d'habitations, mais elles sont réparties un peu partout. Ce sont des petites unités, il n'y aura pas de condos», fait remarquer le maire.

Le Groupe Le Massif compte en outre faire construire une piste de luge de 12 kilomètres dans les montagnes, un village nordique au Sommet et des habitations dans les arbres. Des investissements importants seront par ailleurs alloués au retour d'une liaison ferroviaire entre Québec et Charlevoix ainsi qu'à la conversion de la vieille ferme des soeurs Franciscaines de Baie-Saint-Paul en un complexe hôtelier et culturel.

Le gouvernement fédéral montré du doigt

Pour M. Fortin, la position du gouvernement fédéral est une énigme. La MRC réclame d'ailleurs une nouvelle rencontre avec le ministre Blackburn pour discuter du dossier. «C'est difficile de s'expliquer pourquoi le gouvernement fédéral ne va pas jusqu'au bout. Je comprends M. Blackburn quand il se dit contraint par les limites des programmes de son ministère, mais il y

en a d'autres, des programmes fédéraux!»

Dans le communiqué du week-end dernier, Daniel Gauthier s'en est pris au gouvernement fédéral qui «n'a toujours pas trouvé à ce jour à satisfaire les demandes de contributions financières» tout en soulignant «le travail du gouvernement provincial qui, quant à lui, a déposé une offre de trente millions de dollars au Groupe Le Massif au cours des dernières semaines».

Le ministre fédéral du Développement économique, Jean-Pierre Blackburn, a répété à plusieurs reprises qu'il ne consentirait pas plus de 20 millions. On ne sent pas davantage d'ouverture au cabinet du ministre des Transports, Lawrence Cannon, où on a refusé de commenter le dossier, nous renvoyant au bureau de M. Blackburn.

Priée de dire s'il serait possible qu'un autre ministère fédéral que celui de M. Blackburn débloque les 10 millions manquants, son attachée de presse, Roxane Beauchamp, a signalé qu'une «table interministérielle s'était déjà réunie au cours des derniers mois» avant qu'on annonce l'octroi de 20 millions de dollars.

Quant au gouvernement provincial à qui l'opposition péquiste demandait, la semaine dernière, de combler le manque à gagner, on se montre prudent. «Tout le monde déplore que le fédéral ne donne pas autant que le Québec. Le "focus" doit être du côté du gouvernement fédéral. On a déjà fait notre part», a commenté hier, l'attaché de presse du ministre du Développement économique, Raymond Bachand, Damir Croteau.

Au cabinet du ministre responsable de la Capitale nationale Michel Després, on refuse de faire des commentaires sur une éventuelle aide accrue du gouvernement québécois, avenue que le ministre aurait évoquée devant la SRC, la semaine dernière. «Ce qu'il est important de dire, c'est que le gouvernement du Québec a répondu présent en autorisant les 30 millions demandés», a déclaré son attachée de presse, Josée Delisle.

Et le fédéral de lui relancer la balle. «On a vu que M. Després avait ouvert la porte à une offre financière supplémentaire», a déclaré hier, l'attachée de presse de Jean-Pierre Blackburn, Roxane Beauchamp. «S'ils sont capables de le faire, c'est tant mieux.»

Collaboratrice du Devoir