Guy Chevrette qualifie de « cow-boy » l'entente conclue sur le bois d'oeuvre

Guy Chevrette, porte-parole de l’industrie du bois d’oeuvre
Photo: Clément Allard Guy Chevrette, porte-parole de l’industrie du bois d’oeuvre

Québec — Le président du Conseil de l'industrie forestière du Québec, Guy Chevrette, a qualifié hier de «cow-boy» la démarche qui a mené à l'entente finale sur le bois d'oeuvre conclue entre le Canada et les États-Unis samedi.

Dans une entrevue téléphonique à NTR hier, il a douté du sérieux de l'accord signé le jour de la Fête du Canada et a déploré l'empressement du gouvernement fédéral, qui a demandé des avis de l'industrie dans un délai de 24 heures.

Les autorités commerciales canadiennes et américaines ont parachevé samedi l'entente sur le bois d'oeuvre qui avait été annoncée en avril. Le ministre du Commerce international, David Emerson, et la représentante du commerce américaine, Susan Schwad, ont conclu l'entente à la fin des négociations multilatérales sur l'élargissement du commerce international, à Genève, en Suisse. Cette entente met fin à une longue dispute, qui a symbolisé les relations parfois difficiles entre le Canada et les États-Unis.

«Personnellement, je trouve que la démarche est un peu cow-boy, un peu western, a commenté M. Chevrette. Des paraphes le samedi soir de la Fête nationale du Canada, des 24 heures qu'on nous accorde pour donner des avis, je trouve que ça ne fait pas tellement sérieux, personnellement. Je vous donne mon opinion bien personnelle. Je trouve ça un peu incorrect, pour ne pas dire plus, et je me retiens à deux mains.»

Selon lui, la visite du premier ministre Stephen Harper au président américain, George W. Bush, le 6 juillet à Washington, a pu précipiter la conclusion des négociations. «Ils voulaient mettre ça [le différend] derrière [eux]», a-t-il expliqué.

Clause de sauvegarde

M. Chevrette a précisé que la position du Conseil serait annoncée seulement le mardi 11 juillet. Ce mercredi, les membres du Conseil se réuniront, puis, vendredi, les avocats de l'organisation et les fonctionnaires du gouvernement du Québec rattachés au dossier se rencontreront pour confronter leurs vues.

«Mardi [11 juillet], nous prendrons une décision formelle», a fait savoir l'ancien ministre péquiste.

Toutefois, après une analyse préliminaire, M. Chevrette a condamné la clause de sauvegarde contenue dans le texte. L'entente d'une durée de sept ans, avec possibilité de prolongement de deux ans, comporte une clause de sauvegarde à l'insistance des États-Unis. Elle stipule que l'une ou l'autre des parties peut signifier un préavis de résiliation après 23 mois et mettre fin à l'entente 13 mois plus tard. M. Emerson a insisté sur le fait que cette éventualité était hautement improbable.

«On a voté le 27 avril pour une entente de sept ans, avec option de deux ans additionnels; là on retrouve, dans les textes que j'ai lus pour l'instant, [qu'après] 23 mois, il peut y avoir dénonciation unilatérale d'un côté», a fait remarquer le représentant de l'industrie.

Il a souligné que des industriels et des actionnaires sont parties prenantes, que des centaines de millions de dollars, voire des milliards de dollars d'actifs sont en jeu.

«On ne joue pas avec ça, il faut avoir une maturité, un sérieux, une grande rigueur dans le fonctionnement», a plaidé M.Chevrette, qui espère que l'industrie aura le temps de faire une analyse, de convoquer ses membres et de «soumettre ses observations correctement».

Les termes de l'entente

Dimanche, le porte-parole libéral fédéral en matière de commerce, Dominic LeBlanc, a affirmé que l'entente ne constituait pas un gage de stabilité, mais plutôt un congé de litige de 23 mois, puisqu'elle était à la merci des protectionnistes de l'industrie américaine du bois d'oeuvre.

En vertu de l'accord, les entreprises canadiennes pourront récupérer 4 des 5 milliards de dollars américains versés aux États-Unis en pénalités. Les autorités et entreprises concurrentes américaines garderont 1milliard

de dollars.

L'entente, qui s'étend sur plus de 50 pages, éliminera les droits de douanes imposés pour la première fois en mai 2002 aux importations canadiennes de bois d'oeuvre.

En remplacement, le gouvernement canadien imposera une taxe à la frontière lorsque le prix du bois diminuera. Les provinces pourront aussi choisir une combinaison de quotas d'exportation avec une faible taxe à la frontière.

Des dispositions juridiques de l'entente doivent être soumises au vote des Communes pour entrer en vigueur. David Emerson a précisé que le gouvernement soumettrait le texte aux députés à la reprise des travaux en Chambre, à la mi-septembre. Il souhaite que le dossier soit réglé d'ici au 1er octobre.