Procès de Charles Guité - Le ministère de la Justice ignorait que Groupaction travaillait pour lui

Charles Guité a accordé deux contrats de 480 000 $ à Groupaction à l'insu du ministère de la Justice, lequel n'a jamais réclamé — et encore moins obtenu! — des services en retour de l'agence de publicité.

Les témoignages accablants se sont multipliés au sujet de ces deux contrats, hier au procès de M. Guité, qui fait l'objet de cinq accusations de fraude totalisant 1,6 million de dollars.

L'ex-directrice des communications au ministère de la Justice, Wendy Sailman, et son homologue au Centre des armes à feu du Canada (CAFC), Henry Vanwyk, ont déclaré tour à tour qu'ils n'avaient jamais exigé les services de Groupaction dans cette affaire. Ils n'étaient même pas au courant de l'existence de ces contrats consentis à l'agence de publicité par M. Guité, l'ex-fonctionnaire responsable du programme des commandites.

Un premier contrat de 330 000 $ visait à élaborer une stratégie de communication au profit du ministère de la Justice, lors de l'entrée en vigueur de la Loi sur le contrôle des armes à feu; un deuxième de

150 000 $ était destiné à surveiller les groupes de pression livrant bataille contre la loi sur Internet.

Mme Sailman a entendu parler du premier contrat six ans après son émission, lorsqu'une journaliste du Ottawa Sun l'a questionnée à ce sujet, en 2002. «Nous avons fait une recherche intense, mais nous ne l'avons pas retrouvé», a-t-elle dit. C'est finalement un employé du ministère des Travaux publics, où travaillait M. Guité, qui lui a acheminé une copie du document. «J'étais stupéfaite car nous ne savions rien au sujet de ce contrat», a-t-elle dit.

M. Sailman a remarqué un détail inhabituel: Charles Guité était désigné à titre de chargé de projet sur le contrat, alors que cette responsabilité lui revenait normalement. En contre-interrogatoire, l'accusé a fait ressortir que la supervision d'un projet pouvait être répartie entre deux ministères en vertu des règles de la fonction publique.

Henry Vanwyk, un ancien policier ontarien n'a jamais vu le résultat du travail qu'aurait exécuté Groupaction pour 480 000 $. À la lecture des devis expédiés par Groupaction pour décrocher les contrats, il a indiqué sans aucune hésitation que des employés du CAFC effectuaient déjà les tâches proposées et que la démarche était par conséquent superflue.

En matinée, une juricomptable à l'emploi du gouvernement, Nathalie Picard, a fait état de ses recherches dans les feuilles de temps d'une centaine d'employés de Groupaction. Pas une seule heure n'a été consacrée à l'exécution du contrat de 330 000 $.