Les policiers montrés du doigt

Québec — Les balles de plastique ne devraient être utilisées que lorsque les policiers s'estiment menacés de mort ou de blessures graves, tranche le commissaire à la déontologie policière dans un nouveau rapport sur le Sommet des Amériques de Québec, publié récemment.

Les gaz lacrymogènes ont beau s'être dissipés depuis longtemps dans le ciel de Québec, la remise en question des méthodes employées par les 6000 policiers présents au Sommet des Amériques se poursuit. Dans un avis daté du 2 mars, le commissaire Claude Simard conclut à partir des rapports d'enquêtes internes de la police que les balles de plastique comportent «certains risques» et qu'il est d'intérêt général que leur utilisation «soit mieux encadrée».

Ces projectiles, précise le commissaire, ne devraient être employés que dans des cas extrêmes.

Au ministère de la Sécurité publique, on répond que le dossier suit son cours. «Cette recommandation fera bien sûr l'objet d'une analyse et d'un suivi», a indiqué la conseillère en communication Nadine Rouillard.

La GRC, de son côté, indique qu'elle s'est déjà départie de ces armes. «À la suite du Sommet des Amériques, la GRC a remplacé les balles de plastique par des "sock rounds"», a indiqué le sergent Martin Blais. Les sock rounds, soutient-il, sont des «poches» remplies de petites billes de plomb. On justifie cette décision par «la volonté de l'organisation d'améliorer son équipement et de suivre les développements dans l'industrie».

Les corps policiers avaient indiqué après le sommet que les agents de la Sûreté du Québec avaient tiré 350 balles de plastique pendant l'événement, contre 500 pour leurs collègues de la GRC. Un bilan contesté par les observateurs de la Ligue des droits et libertés, d'après qui, au cours du samedi soir seulement, les balles fusaient «par centaines».

L'utilisation de fusils à balles de plastique de type Arwen 37 était une première au Québec. Au moins un manifestant a été gravement blessé. Éric Laferrière, 28 ans, a subi une fracture du larynx après avoir été atteint par deux de ces balles, près du Grand Théâtre. Le jeune homme, qui a intenté un recours de 557 000 $ contre les policiers, prétend avoir reçu les projectiles alors qu'il manifestait pacifiquement.

Interrogé par Le Devoir au sujet des méthodes de la police, le ministre de la Sécurité publique à l'époque, Serge Ménard, a expliqué que, compte tenu de la violence déployée par les adhérents du Black Bloc, les policiers ont au contraire fait preuve d'une certaine retenue. À son avis, si ces abus étaient réels, davantage de personnes auraient porté plainte.

Vingt plaintes ont ainsi été déposées à la suite du sommet, dont 18 à la Sûreté du Québec et deux à la GRC. Aucun policier n'a été blâmé.

Collaboratrice du Devoir