Antimonarchiste, John Manley accueillera la reine

Ottawa - Lorsqu'elle mettra le pied à Ottawa pour amorcer sa visite de la capitale fédérale, la reine Élisabeth II sera officiellement accueillie par un antimonarchiste avoué, le vice-premier ministre John Manley.

M. Manley a été nommé «ministre délégué» pour cette portion de la visite royale et, à ce titre, il est chargé d'accompagner la reine dans tous ses déplacements officiels. Il sera évidemment présent à l'aéroport d'Ottawa pour lui souhaiter la bienvenue, le samedi 12 octobre.

Le ministre devra toutefois refréner ses opinions pour quelques jours, lui qui n'a jamais caché qu'il considérait la monarchie comme un concept dépassé. En vertu de la Constitution, la reine Élisabeth II est le chef d'État du Canada.

En 1997, M. Manley avait déclaré qu'il était convaincu que le Canada devrait abolir son association avec la couronne britannique. Le ministre tenait des propos similaires en mai 2001, ajoutant qu'au XXIe siècle, les prérogatives de la famille royale n'étaient plus vraiment pertinentes pour le Canada. Il précisait alors qu'il espérait pouvoir aborder la question un jour avec la principale intéressée.

Hier, le ministre n'a pas voulu se présenter devant les journalistes pour commenter l'affaire.

Les chefs des partis d'opposition n'ont pu s'empêcher de sourire lorsque mis au fait de cette situation. «Les deux auront des conversations intéressantes», a commenté le chef conservateur, Joe Clark. «C'est un peu ironique, mais le système britannique et Sa Majesté ont une longue histoire de tolérance envers des opinions différentes», a pour sa part souligné Stephen Harper.

Le chef de l'Alliance canadienne a d'ailleurs obtenu une réponse positive à sa demande d'audition privée avec la souveraine. Il n'a pas voulu s'avancer sur les sujets de conversation qu'il aimerait aborder avec Élisabeth II. «Elle décidera bien des sujets qu'elle voudra aborder», a-t-il noté, ajoutant que sa demande se veut une marque de politesse.Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a de son côté refusé l'invitation de participer aux événements soulignant le jubilé de la souveraine. «On reconnaît la reine d'Angleterre, certes, mais en tant que reine du Canada, on ne reconnaît pas l'autorité. Et ça serait cautionner quelque chose qu'on ne reconnaît pas», a expliqué M. Duceppe.