Le ministre libéral devenu ministre conservateur - Emerson écarte l'idée d'affronter l'électorat

David Emerson pourrait voter en faveur d’une loi contre les transfuges politiques même s’il refuse aujourd’hui de se soumettre à une nouvelle élection, lui qui, élu sous la bannière libérale, siège maintenant à la table du conseil des minis
Photo: Agence Reuters David Emerson pourrait voter en faveur d’une loi contre les transfuges politiques même s’il refuse aujourd’hui de se soumettre à une nouvelle élection, lui qui, élu sous la bannière libérale, siège maintenant à la table du conseil des minis

Ottawa — Malgré la grogne des électeurs de sa circonscription et des autres partis de l'opposition à la Chambre des communes, David Emerson n'a pas l'intention de démissionner de son poste de ministre du Commerce international pour se présenter dans une élection partielle. M. Emerson a toutefois soutenu hier qu'il pourrait voter en faveur d'une loi obligeant les transfuges à siéger d'abord à titre d'indépendant avant de se présenter dans une élection partielle.

Or, l'ex-ministre libéral pourrait justement devoir se prononcer sur ce sujet dans les prochains mois, puisqu'un député néo-démocrate, Peter Stoffer, a affirmé hier qu'il avait l'intention de présenter une nouvelle fois son projet de loi qui interdit aux députés de changer de parti politique sans retourner devant leurs électeurs. Si ce projet de loi, nommé C-251 dans la dernière législature, passe la rampe, il obligerait les élus à siéger comme indépendant en attendant une élection partielle ou la prochaine élection générale, où il pourrait alors se présenter sous ses nouvelles couleurs.

Cette législation avait été rejetée par 191 voix contre 60 en mai dernier. Une vingtaine de députés conservateurs avaient appuyé les néo-démocrates, dont quatre sont maintenant ministres (Ambrose, Skelton, Oda, Finley). Les libéraux et les bloquistes avaient massivement voté contre la loi. Le NPD avoue que faire passer cette législation ne sera pas facile. «Mais quand on n'essaie pas, jamais rien ne bouge», a soutenu hier Peter Stoffer. Son chef, Jack Layton, estime que cette loi a une meilleure chance d'être adopté maintenant. «Il y a beaucoup plus d'intérêt de la part des Canadiens. La dernière fois, c'était peut-être une question théorique, mais maintenant, on a Emerson et Stronach comme exemples», a soutenu hier M. Layton à la sortie de son caucus.

Étonnamment, le NPD pourrait même obtenir le vote de David Emerson dans ce dossier. «Je ne suis pas opposé à une élection partielle, a déclaré David Emerson sur les ondes d'une tribune radiophonique de Vancouver. Tout ce que je dis, c'est que nous devons avoir des règles qui s'appliquent à tout le monde. [...] Si le Parlement veut adopter une loi et instaurer une politique sur les élections partielles quand vous traversez le parquet de la Chambre, ou une loi sur la révocation, d'accord. Je participerai au débat et je pourrais même voter en faveur, et je m'y conformerai.»

Mais en attendant, pas question de quitter son poste de ministre. David Emerson a par contre affirmé qu'il démissionnerait si le commissaire à l'éthique, Bernard Shapiro, décelait quelque chose de répréhensible dans son geste. «Si je suis reconnu coupable d'avoir mal agi, je vais partir», a-t-il soutenu. C'est le député néo-démocrate Peter Julian, élu en Colombie-Britannique non loin de la circonscription de David Emerson, qui a demandé cette enquête.

Le NPD est d'ailleurs à l'origine de deux manifestations qui ont eu lieu à Vancouver en fin de semaine pour protester contre le geste de David Emerson. La circonscription du transfuge, où les conservateurs n'ont pas fait élire de député depuis 1958, a vu le candidat néo-démocrate Ian Waddel terminer au deuxième rang derrière l'ex-libéral David Emerson en 2004 et 2006, d'où la grogne dans les rangs du NPD en Colombie-Britannique.