Le Bloc s'en prend au manque de bilinguisme de l'armée

Ottawa — La nouvelle députée bloquiste Vivian Barbot a estimé hier que le manque de bilinguisme au sein des Forces armées amenait des Québécois à remettre en doute leur adhésion au fédéralisme canadien.

Le quotidien Ottawa Citizen révélait samedi que les Forces n'avaient pas commandé de manuels d'instructions en français pour le nouveau Système de canon mobile (SCM), qui doit entrer en fonction en 2008 à Edmonton. Selon un document interne, la décision a été prise pour des motifs financiers.

«Il y a quand même des soldats qui ont le droit de travailler en français, qui doivent avoir l'information en français», a déploré Mme Barbot en entrevue téléphonique. «Par le fait même, s'ils ne l'ont pas, on peut facilement comprendre qu'ils n'auront pas d'avancement dans leur carrière.»

Aux yeux de la députée de Papineau, sur l'île de Montréal, les lacunes en français constituent «un problème généralisé» au sein des Forces armées et du ministère de la Défense nationale.

Un récent rapport du Commissariat aux langues officielles tend à donner raison à la députée. Selon ce dernier, de nombreux militaires doivent encore se contenter de documentation, de logiciels et de claviers d'ordinateurs disponibles en anglais seulement.

«C'est inacceptable qu'avec 27 % de francophones dans l'armée on ne soit pas capables d'avoir un traitement équitable, parce que c'est vraiment ça qui est en jeu», a martelé Mme Barbot.

L'ancienne présidente de la Fédération des femmes du Québec y voit même une raison d'appuyer la souveraineté.

«C'est vraiment [le manque de bilinguisme dans les Forces armées] un élément commun qui remet en question notre rôle à l'intérieur de la fédération canadienne», a-t-elle soutenu.

«Tous les rapports [d'enquête] que nous avons tendent à nous faire croire que les francophones ont un traitement de citoyens de deuxième zone.»

Vivian Barbot ne croit pas à l'argument financier.

«Quand on a besoin d'argent pour les commandites, on le trouve, ironise-t-elle. C'est un faux problème: l'argent est là. On vient d'octroyer un montant substantiel supplémentaire à l'armée. Il faudrait qu'ils [les dirigeants] en profitent pour que cet argent-là aille là où les besoins sont.»

L'ombudsman des Forces armées canadiennes, Yves Côté, a jugé la question des manuels «préoccupante». Il entend mener une vérification à ce sujet.

Pour sa part, Vivian Barbot promet de mener la lutte aux Communes. «S'il faut que nous posions 450 questions au gouvernement, nous le ferons», a-t-elle lancé.

Le SCM, qui doit coûter 700 millions de dollars, comptera 66 véhicules à terme.

Il a été impossible, hier, d'obtenir des explications de la part des Forces armées.