Semaine désastreuse pour Harper - Les libéraux rêvent déjà à leur retour au pouvoir

Ottawa — Après avoir observé la première semaine désastreuse du nouveau régime conservateur de Stephen Harper, les libéraux rêvent déjà de revenir au pouvoir.

Trois semaines seulement après avoir essuyé la défaite, les libéraux se demandent ouvertement si le gouvernement minoritaire de M. Harper passera l'année. Et les militants libéraux pressent les dirigeants du parti d'accélérer la sélection d'un nouveau chef de manière à ce que leur formation soit prête aussi tôt que possible en prévision d'élections.

«Nous sommes, je dirais, revigorés et stimulés», a commenté le leader intérimaire Bill Graham en entrevue, après une semaine inaugurale marquée par la controverse. Il a promis que les libéraux s'opposeraient à toute mesure qui ne serait pas dans l'intérêt du Canada et des Canadiens, même si cela veut dire renverser le gouvernement conservateur. Et vu la façon dont ils prennent leurs décisions, cela pourrait bien arriver plus tôt que prévu, a-t-il ajouté.

M. Harper a suscité la controverse par certaines de ses nominations au cabinet, lesquelles ont semé le doute sur sa promesse électorale de diriger une administration plus transparente et plus respectueuse de l'éthique. Il a particulièrement choqué son propre groupe parlementaire en nommant le transfuge libéral David Emerson ministre du Commerce international et l'organisateur du parti Michael Fortier au Sénat et au délicat portefeuille des Travaux publics.

D'autres nominations au conseil des ministres ont suscité des questions d'ordre éthique, comme celle de Gordon O'Connor, ancien lobbyiste pour des fournisseurs d'équipement militaire, comme ministre de la Défense.

Tout au long de la dernière semaine, des députés conservateurs déçus ont exprimé discrètement leur désaccord, tandis que des militants conservateurs se déchaînaient dans des blogues, sur Internet, contre les nominations au cabinet, et notamment sur le caractère hypocrite et opportuniste, selon eux, de la défection de M. Emerson quelques jours à peine après sa réélection sous la bannière libérale.

Les libéraux jubilent

En réunion à la fin de la semaine dernière, des libéraux avaient du mal à contenir leur jubilation devant les remous qui secouaient les rangs conservateurs. «C'est la plus courte lune de miel d'un gouvernement dans toute l'histoire canadienne», a gloussé l'ex-vice-premier ministre John Manley.

M. Manley est l'un des quatre candidats potentiels qui ont décliné toute participation à la course à la succession de Paul Martin. Celui-ci a annoncé son intention de remettre sa démission comme chef du parti immédiatement après la défaite libérale au scrutin du 23 janvier dernier. M. Manley a assuré à la Presse canadienne qu'il n'avait pas changé d'idée, malgré les perspectives subitement plus encourageantes pour les libéraux.

L'exécutif national libéral doit se réunir à la mi-mars pour fixer la date de la tenue du congrès au leadership, qui pourrait se tenir dès novembre ou être repoussé jusqu'en mars 2007. Steven MacKinnon, le directeur national, a reconnu qu'avec le départ cahoteux des conservateurs beaucoup de libéraux faisaient pression pour que le choix se porte sur une date rapprochée.