Fortier rejette l'étiquette d'organisateur politique

Michael Fortier au moment de prêter serment à titre de ministre des Travaux publics.
Photo: Agence Reuters Michael Fortier au moment de prêter serment à titre de ministre des Travaux publics.

Ottawa — Le nouveau ministre responsable des Travaux publics, Michael Fortier, veut rassurer les sceptiques: il n'est pas l'organisateur politique qu'on voudrait voir en lui et, surtout, il ne se mêlera pas directement d'octroi de contrats afin d'éviter toute apparence de conflit d'intérêts.

Dans un entretien téléphonique avec Le Devoir hier, le ministre non élu a donné son assurance que ni lui ni son personnel politique ne s'impliqueraient dans la sélection d'entreprises devant effectuer des contrats pour le gouvernement fédéral. Il dit vouloir «redonner confiance» à une population désabusée par des années riches en accusations de patronage et marquée par la commission Gomery sur le programme des commandites, que gérait le ministère des Travaux publics.

«Ce sera très clair avec le personnel politique que personne ne va s'occuper de l'octroi de contrats. Ça devrait être la règle tout le temps. Pas juste pour moi ou pour le prochain. Mais pour les 10 prochains [ministres]. Il faut redonner confiance», a expliqué Michael Fortier.

Le Devoir demandait hier à M. Fortier s'il n'était pas risqué de placer un organisateur politique comme lui à la tête du ministère fédéral le plus en mesure de récompenser les amis du parti — les Travaux publics octroient pour environ 13 milliards de dollars en contrats par année. L'ancien organisateur politique de Jean Chrétien, Alfonso Gagliano, avait lui aussi occupé ce poste et avait fait face à de multiples accusations de favoritisme.

Michael Fortier juge la question «légitime» mais en rejette les prémisses. «Je ne suis pas un organisateur politique. Je suis un militant du Parti conservateur qui s'est présenté au leadership en 1998 et qui n'a pas gagné, qui a rencontré [Stephen] Harper en 2003. M. Harper m'a demandé de coprésider sa campagne et je l'ai fait.» A-t-il déjà sollicité des fonds pour le parti? «J'ai fait quelques appels au fil de ma carrière, mais non, jamais je n'ai été responsable de la collecte de fonds.»

M. Fortier rappelle sa carrière dans le milieu bancaire international. «Je suis habitué de composer avec des questions d'éthique, des questions de conflit d'intérêts, et je peux vous assurer que j'entre dans ce ministère avec non seulement les meilleures intentions, mais toutes les intentions possibles et impossibles de m'assurer que les octrois de contrats vont se faire de façon légitime.»

Alfonso Gagliano avait à de multiples reprises été critiqué pour l'octroi de contrats douteux à des amis du PLC. En 1998, par exemple, les Travaux publics avaient signé un contrat de 105 000 $ sans appel d'offres avec Michèle Tremblay, une ancienne attachée de presse du ministre, pour organiser une tournée de ministres fédéraux au Québec sous prétexte qu'elle seule avait la compétence pour le faire. Les contrats d'à peine quelques dollars sous la barre des 25 000 $ — limite sous laquelle aucune compétition n'est requise — s'étaient de plus multipliés.

M. Fortier a reconnu l'existence de telles failles. «Ce ne sont pas que les politiciens. Il peut y avoir aussi des gens dans la fonction publique qui aiment traiter avec un fournisseur. Ça, en soi, ce n'est pas un crime. On fait plusieurs contrats [d'un peu moins de 25 000 $] qui arrivent à 75 000 $ ou 100 000 $. Je peux vous assurer que ça ne se passera pas.»

En outre, Michael Fortier rejette l'idée que les risques sont plus élevés avec lui compte tenu du fait qu'il n'a pas été élu avant d'entrer au cabinet. M. Fortier sera nommé au Sénat pour siéger au Parlement et répondre aux questions de l'opposition à la Chambre haute. «La question est vraie peu importe qui aurait eu le poste. Parce que de toute façon, tout homme ou toute femme qui serait là serait d'abord et avant tout un politicien qui se fait élire. On pourrait donc dire: attention! Et c'est exactement ce que je vais faire.»

Michael Fortier est le frère de la ministre déléguée à la protection de la jeunesse dans le gouvernement de Jean Charest, Margaret F. Delisle. Avocat spécialisé dans les valeurs mobilières, il a dirigé le bureau d'Ogilvy Renault à Londres pendant quatre ans avant de se joindre au Crédit Suisse First Boston. Il soutient que le ministère s'est réjoui de sa nomination parce qu'il a des compétences pour comprendre les bilans financiers et ce genre de choses. «Ils ont dit: c'est pas un poète!», relate-t-il.

Dans le même bateau qu'Emerson

Sur un autre sujet, Michael Fortier refuse de condamner son nouveau collègue David Emerson pour avoir changé d'allégeance politique juste après les élections. M. Fortier a pourtant été un de ceux qui avaient tenu des propos très durs à l'endroit des députés québécois conservateurs David Price, Diane St-Jacques et André Harvey, passés au Parti libéral quelque temps avant les élections de 2000. «Les gens qui changent de parti au milieu d'une législature [...], je trouve cela inadmissible. Ils devraient se présenter à une élection partielle», avait-il dit à l'époque.

Aujourd'hui, il se retrouve dans l'inconfortable position de devoir défendre son collègue passé de la famille libérale au cabinet conservateur. «Moi aussi, je suis peut-être un peu au milieu d'une controverse. On s'appuie les uns les autres», conclut-il avec philosophie.