Libéraux et conservateurs s'en prennent à David Emerson

Ottawa — La pression politique s'accentue sur le transfuge David Emerson, maintenant accusé d'avoir retardé une éventuelle entente avec les États-Unis au sujet du bois d'oeuvre pour en faire plutôt profiter Stephen Harper après avoir changé de camp.

La situation du nouveau ministre, passé dans le camp conservateur à peine deux semaines après avoir été élu sous la bannière libérale, se détériore de jour en jour. Des pétitions sur Internet, lancées par des éléments conservateurs, exigent sa démission alors que certains de ses collègues du caucus lui demandent maintenant de se présenter à une élection partielle dans Vancouver Kingsway. Surtout, les libéraux ont entrepris de discréditer leur ancien ministre de l'Industrie en faisant circuler la thèse selon laquelle M. Emerson aurait planifié sa trahison depuis longtemps.

Dans le Toronto Star d'hier, de nombreuses sources libérales ont affirmé sous le couvert de l'anonymat que David Emerson avait entre les mains une éventuelle entente sur l'épineux dossier du bois d'oeuvre avec les États-Unis dès le début de la campagne électorale mais qu'il aurait refusé d'aller de l'avant de peur de créer des remous en Colombie-Britannique juste avant un scrutin.

David Emerson a qualifié l'histoire de «fausse» auprès du quotidien torontois. Il devait répondre aux questions des médias hier au cours d'un appel-conférence, mais après une demi-heure d'attente, les journalistes ont appris qu'il était coincé «dans la circulation» et qu'il remettait la conférence à un autre moment.

Pendant ce temps, ses nouveaux collègues du caucus conservateur ne se gênent plus pour exprimer leur colère devant son changement d'allégeance. Le député ontarien Garth Turner estime que son chef a pris «un risque calculé». «J'ai dit pendant la campagne électorale que quiconque change de parti doit retourner devant les électeurs pour obtenir leur aval. J'espère que dans ce cas-ci, cela arrivera tôt ou tard. Je ne sais pas quand. Le premier ministre a pris un risque calculé en faisant ce qu'il a fait. Espérons qu'il sait ce qu'il fait et que ça fonctionnera.» Il croit que M. Emerson devrait subir le test électoral et affirme qu'il le demandera au sein de son caucus.

Les propos étaient les mêmes du côté de Myron Thompson, le vétéran allianciste au chapeau de cow-boy. Il voudrait qu'une loi soit adoptée pour empêcher ces changements subits de parti politique. Il reconnaît avoir tenu des propos très durs envers Belinda Stronach lorsqu'elle était passée chez les libéraux. «Ce que j'ai dit n'était pas très gentil, et je croyais que cela ne se reproduirait pas. Mais encore une fois, je ne peux rien y faire, alors gouvernons.»