Gomery croit avoir mis fin à la culture du secret

La commission d'enquête sur le programme des commandites aura mis fin à la culture du secret au sein du gouvernement, estime son principal artisan, le juge John Gomery.

M. Gomery a fait hier sa dernière apparition publique avant de prendre des vacances bien méritées, devant 150 personnes réunies au Faculty Club de l'université McGill. «La plupart des gens croient aujourd'hui que la culture du secret qui caractérisait l'administration du gouvernement fait partie du passé, qu'elle n'est plus appropriée ou acceptable, et qu'une plus grande transparence est nécessaire. [...] Le génie est sorti de sa bouteille, et je ne crois pas que le secret qui a caractérisé l'administration publique dans le passé sera réhabilité», a-t-il dit.

Les travaux de la commission d'enquête sur le scandale des commandites ont tenu le public en haleine pendant près d'un an. M. Gomery est devenu «une vedette du jour au lendemain», a dit Alex Paterson, un vieil ami du juge depuis leurs études en droit à McGill. Pas même le plus créatif des scénaristes hollywoodiens n'aurait pu imaginer la file de personnages qui ont défilé devant lui, a poursuivi M. Paterson.

C'est grâce à son ami Paterson si John Gomery a accepté l'invitation de l'Institut des études canadiennes de McGill pour donner une conférence à des étudiants en sciences politiques. Au risque de les décevoir, le juge ne s'est pas épanché sur les grandeurs et misères de sa commission d'enquête. Tout ce qu'il avait à dire sur les principaux responsables du gâchis et les mesures à prendre pour éviter sa répétition se trouve dans les sept tomes de son rapport.

M. Gomery a par contre vanté les mérites des commissions d'enquête pour élucider des questions d'intérêt public, en dépit des coûts et délais majeurs inhérents à cette formule. Même si elle n'a pu établir la responsabilité civile ou criminelle des principaux acteurs du scandale des commandites, la commission Gomery a servi «de catharsis» aux Canadiens. «On a donné au public l'occasion de connaître les faits les plus importants, et de tourner la page au lieu d'être indéfiniment indigné», croit M. Gomery.

Le juge a avoué que le scandale des commandites, un fiasco de 332 millions de dollars, lui avait fait perdre de sa naïveté, à 73 ans. Il en a gardé cependant une petite dose, assez pour être convaincu que ses recommandations seront suivies par la classe politique. Il s'est d'ailleurs réjoui que la plateforme électorale du Parti conservateur aille en grande partie dans le même sens que ses remarques finales, bien qu'il s'agisse là d'un effet du hasard, a-t-il précisé. «Ça me laisse optimiste. Il y a des raisons d'espérer que les recommandations ne vont pas avoir le même sort que dans les autres commissions d'enquête, où elles sont vite oubliées.»

Après ses vacances, M. Gomery retournera siéger à la Cour supérieure pour quelques mois avant de prendre sa retraite obligatoire, à 75 ans. Il entend bien disparaître des feux de la rampe en se réfugiant dans sa ferme de Havelock. «Mon ambition est d'élever un bon troupeau de boeufs», a-t-il lancé.