Un groupe réclame la tête du ministre de la Défense

Ottawa — Le nouveau ministre de la Défense, Gordon O'Connor, essuie déjà ses premières critiques à propos de son passé de lobbyiste, lui qui a travaillé à contrats pour 19 entreprises liées au ministère de la Défense entre 1996 et février 2004, soit à peine quatre mois avant de se lancer en politique. Lors d'un entretien avec Le Devoir, le coordonnateur de Democracy Watch, Duff Conacher, a réclamé la démission pure et simple du ministre pour «conflit d'intérêts potentiel et apparence de conflit d'intérêts».

Selon M. Conacher, qui dirige Democracy Watch, un organisme à but non lucratif qui surveille l'éthique du gouvernement fédéral et le milieu des lobbyistes, le ministre O'Connor ne peut pas seulement se récuser dans certains dossiers où ses anciens clients sont partie prenante, puisqu'il y en a trop. «Il devra faire tellement attention qu'il deviendra inefficace, soutient-il. Il y a conflit d'intérêts potentiel et il y a certainement apparence de conflit d'intérêts. Dans ces cas-là, un ministre doit habituellement démissionner parce que sinon, il va toujours y avoir des questions en suspens.»

Le nouveau ministre de la Défense a en effet un CV bien garni du côté du lobbying. Selon le registre officiel du gouvernement, Gordon O'Connor a été lobbyiste pour la firme Hill and Knowlton entre 1996 et le 23 février 2004, date à laquelle il a cessé ses activités pour ensuite se présenter en mai aux élections fédérales sous la bannière conservatrice.

L'homme de 66 ans, qui a passé sa carrière dans l'armée de terre avant de devenir lobbyiste, a oeuvré pour pas moins de 19 entreprises qui cherchaient à influencer d'une manière ou d'une autre le ministère de la Défense. Son expertise était recherchée par certains des géants dans le domaine, notamment BAE Systems, General Dynamics, United Defense, Raytheon, ADGA Group, Irvin Aerospace, Airbus, etc.

Certaines de ces compagnies, notamment Airbus, ont retenu les services de M. O'Connor jusqu'à la dernière minute. D'ailleurs, la première controverse du ministre de la Défense viendra peut-être de ses liens avec Airbus, puisque l'entreprise est en lice pour obtenir le lucratif contrat de 4,6 milliards de dollars du gouvernement pour remplacer ses avions gros-porteurs Hercules. Or, selon le Globe and Mail, M. O'Connor était justement affecté à ce dossier comme lobbyiste chez Airbus.

Le principal intéressé n'y voit toutefois aucun problème. «Je n'ai des actions dans aucune compagnie. Je ne suis payé par aucune compagnie. Je n'ai aucune loyauté envers une entreprise quelconque. Il n'y a donc aucune inquiétude à y avoir», a-t-il affirmé lundi soir, à la sortie du cabinet. Selon lui, il n'est même pas nécessaire de se récuser sur certains dossiers.

Stephen Harper, qui a interdit dès son arrivée aux ministres de devenir lobbyistes au cours des cinq années suivant le départ de leur poste, est du même avis. «Je veux empêcher les gens de profiter de leur connaissance des charges publiques pour gagner de l'argent, mais je ne veux pas décourager les gens compétents du secteur privé de faire le saut dans la vie publique. Il faut évidemment prendre toutes les précautions nécessaires pour qu'il n'y ait pas de conflits d'intérêts, mais avoir travaillé pour une industrie dans le passé ne signifie pas automatiquement un conflit d'intérêts dans le présent», a-t-il soutenu lundi.