Services de garde - Charest tient au respect de l'entente

Saint-Georges — L'annulation de l'entente Québec-Canada sur les garderies par un gouvernement Harper tout juste assermenté indispose fortement le gouvernement Charest.

Stephen Harper et Jean Charest ont convenu hier matin, lors d'une conversation téléphonique, de «s'asseoir et de se parler» incessamment à ce sujet. «On a assez travaillé là-dedans dans les deux dernières années pour dire qu'on n'a pas l'intention de recommencer», a tenu à préciser Jean Charest, hier, lors d'un point de presse tenu en marge du caucus libéral qui se tient à Saint-Georges, en Beauce.

Lors de ces négociations, M. Charest dit qu'il exigera «que l'entente conclue avec le gouvernement précédent soit respectée» intégralement. Une telle entente, «on ne défait pas ça du jour au lendemain. Et il faut en tenir compte. Et je m'attends à ce que [M. Harper] en tienne compte dans la discussion que nous aurons», a précisé le premier ministre, tentant d'illustrer les choses ainsi: «On va pas chercher à remettre la pâte à dents dans le tube.»

Pas choqué

Malgré tout, M. Charest a insisté pour dire qu'il n'était pas «choqué» par la décision de son homologue fédéral: «L'ouverture, la discussion, la négociation, ça fait partie de nos vies.» Le dossier prend malgré tout une allure de première crise entre les deux gouvernements. Pressé de questions par les médias, M. Charest a déclaré, impatient: «On ne va pas faire la négociation sur la place publique, on va voir s'il y a un espace de compromis possible.»

Dans l'entourage du premier ministre Harper, on laissait entendre hier qu'on tenterait d'en arriver avec Québec à une «entente de transition» allant au-delà de 2007, sans préciser la durée de cette éventuelle prolongation. L'accord initial Charest-Martin devait prendre fin en 2009-2010. Signé en octobre, il prévoyait le versement de 1,125 milliard de dollars à Québec, sur cinq ans.

Les nouveaux ministres du Québec ont toutefois évoqué d'autres avenues, hier, à Ottawa. Pour Maxime Bernier et Jean-Pierre Blackburn, la question pourrait se régler de façon globale dans le cadre des négociations à venir sur le déséquilibre fiscal.

Intrusion

M. Charest, quant à lui, a laissé entendre que, si le gouvernement Harper appliquait intégralement sa promesse de remettre aux parents 1200 $ par année pour chaque enfant de moins de six ans, comme il l'avait annoncé pendant la campagne électorale, il violerait les compétences du Québec en la matière. «Les services de garde, c'est une compétence qui relève du gouvernement du Québec», a-t-il martelé pendant le point de presse.

Le programme conservateur spécifie que le gouvernement Harper «offrira à toutes les familles une nouvelle allocation pour le choix en matière de garde d'enfants de 1200 $ par année, pour chaque enfant de moins de six ans, à compter de 2006, allocation qui sera imposable comme revenu du conjoint qui a le revenu le plus faible., pouvait-on lire dans le programme intitulé Changeons pour vrai. Hier, le ministre Jean-Pierre Blackburn a affirmé que, si on donnait l'argent au gouvernement du Québec, «les familles ne pourraient pas prendre de décisions» au sujet des services de garde et que l'argent irait «dans le système de garderies, et nous c'est pas ça qu'on veut», a déclaré le ministre à la sortie de la réunion du caucus conservateur.

Par ailleurs, en quoi le versement d'une somme aux familles constituerait une intrusion dans un champ de compétence provinciale? «Je comprends votre question, qui est subtile, d'essayer [de me faire dire] qu'on ne veut pas que les citoyens obtiennent de l'argent», a rétorqué M. Charest à un reporter, lors du point de presse, avant de répéter: «Ce qu'on veut, c'est un respect de nos compétences.» Le ministre des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, lui-même constitutionnaliste, a lui aussi soigneusement évité de répondre à la question, hier. «Moi, je répète que ce n'est pas ce qu'on a dans notre entente», a-t-il noté en faisant référence au versement des 1200 $. «Dans notre entente, c'est un paiement qui est fait au Québec et non pas aux parents en tant que tels [...]. Honnêtement, je n'ai rien d'autre à ajouter», a-t-il déclaré, prudent.

Chose certaine, l'annulation de l'entente Charest-Martin prévue dès le 31 mars 2007 — rendue possible par une clause de l'entente — entraînera un important manque à gagner de 807, 2 millions pour le gouvernement québécois dans les quatre prochaines années.

M. Charest soutient que cela n'aura aucun effet sur le réseau québécois. «On n'a jamais attendu l'argent fédéral pour développer les services de garde au Québec», a-t-il tenu à dire, ajoutant: «Pour l'avenir, on ne remettra pas en question ce qu'on a développé non plus, peu importe ce qui peut arriver avec le fédéral.»

Duceppe

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a pour sa part sommé le nouveau gouvernement, hier, de respecter l'accord conclu avec Québec. «Il faut que [M. Harper] respecte intégralement l'entente signée entre les deux gouvernements ou qu'il offre au Québec une entente nouvelle comportant exactement la même somme d'argent, à savoir 807 millions [pour les quatre dernières années], dans le cadre du règlement du déséquilibre fiscal», a déclaré M. Duceppe, lors d'une conférence de presse tenue à Montréal.

Avec la collaboration d'Hélène Buzzetti

Avec la Presse canadienne