Ambrose, le meilleur choix pour vendre Kyoto à l'Alberta

Rona Ambrose a été assermentée lundi à titre de ministre de l’Environnement dans le cabinet Harper.
Photo: La Presse canadienne (photo) Rona Ambrose a été assermentée lundi à titre de ministre de l’Environnement dans le cabinet Harper.

Alors que le milieu environnemental accueillait avec anxiété la nomination d'une ministre albertaine à la tête d'Environnement Canada, dans la haute direction de ce ministère, le pessimisme de quelques-uns contrastait avec l'optimisme de plusieurs, qui voyaient dans l'arrivée de la nouvelle ministre Rona Ambrose «la meilleure décision possible dans les circonstances, y compris pour le dossier de Kyoto».

«Personne dans le camp conservateur, expliquait un haut fonctionnaire, ne pourra mieux qu'elle raisonner les Albertains et l'industrie pétrolière sur la nécessité de maintenir une réelle crédibilité à l'échelle internationale, où les messages d'inquiétude arrivent de toutes parts. Les Albertains ne pourront plus dire qu'ils se font imposer des politiques par l'Est si la ministre est l'une des leurs, et en particulier quelqu'un qui est bien appuyé politiquement dans ce milieu. Et si elle est trop généreuse pour l'Ouest, on l'accusera de favoritisme, ce qui l'obligera à plus de parcimonie pour demeurer crédible.»

La nouvelle ministre Rona Ambrose a été critique de son parti en matière d'affaires étrangères. Avant son élection en 2004, elle a travaillé comme consultante et représentante du gouvernement albertain en matière de relations internationales et intergouvernementales, notamment dans le dossier de Kyoto. Dans 15 jours, elle devrait présider à Bonn la première réunion post-conférence de Montréal du Bureau exécutif du Secrétariat de la Convention sur les changements climatiques, pour préparer notamment les négociations sur la phase post-2012 des réductions d'émissions de gaz à effet de serre. Elle remplacera vraisemblablement à ce poste son prédécesseur Stéphane Dion.

Un spécialiste fédéral de haut niveau du dossier de Kyoto expliquait, lui aussi sous le couvert de l'anonymat, «que mettre les sceptiques conservateurs au travail dans le dossier de Kyoto pourrait bien s'avérer en définitive la meilleure façon de tuer les démons qui paralysent son évolution» en les confrontant au test du réel.

Stéphane Dion, l'ancien ministre de l'Environnement, n'est toutefois pas de cet avis. Il confirme, comme plusieurs hauts fonctionnaires, avoir eu «beaucoup de signaux d'inquiétude» de différents pays, où on craint que le «Canada change de camp» en s'alignant servilement sur les Américains, alors que les conservateurs ont pourtant promis une stratégie de réduction vraiment canadienne. La situation de gouvernement minoritaire assure un certain contrôle des politiques gouvernementales au Parlement, poursuit Stéphane Dion. Mais cela ne permet pas de le forcer à déposer les projets de loi et règlements en préparation, ni de détourner deux ou trois milliards réservés au plan national de lutte contre le réchauffement du climat en remboursements d'impôt pour l'utilisation des transports en commun, ce qui ne changera que très peu, à son avis, le bilan canadien d'émissions de gaz à effet de serre.

Un autre haut fonctionnaire d'Environnement Canada estimait que la nouvelle ministre «fera nettement le poids à côté du nouveau ministre des Ressources naturelles», Gary Lunn, ce qui n'a pas toujours été le cas dans les dernières années, disait-il, et cela, d'autant plus que la nouvelle ministre est une proche du premier ministre Steven Harper. Par ailleurs, notait la même source, Mme Ambrose n'aura à discuter de l'application du traité de Kyoto à l'échelle internationale qu'avec son collègue des Affaires étrangères, Peter MacKay.

Par contre, la dynamique du nouveau cabinet Harper offrirait un réalignement inquiétant des forces politiques en matière d'environnement. Depuis le passage d'Allan Rock à l'Industrie, le ministre fédéral de l'Environnement comptait de ce côté un allié dans une certaine mesure, car plusieurs grandes entreprises — pensons à une pétrolière comme Shell — réclament la mise en place d'un système d'échanges de crédits pour profiter du marché international. La nomination de Maxime Bernier à l'Industrie change la donne. Ce ministre s'est récemment ridiculisé en attribuant la hausse des prix de l'essence aux écologistes, ce qui illustre son idéologie de droite radicale. Certains pensent, à Environnement Canada, que ce ministre pourrait recréer l'ancienne coalition dure avec les Ressources naturelles contre l'Environnement.

Ce nouvel «axe du Mal» au sein du gouvernement Harper, comme le caricaturait un haut fonctionnaire, pourrait faire «à court terme beaucoup de dommages à l'environnement du Canada en raison de sa volonté affichée durant la campagne électorale de réduire les tracasseries administratives imposées par la réglementation à différents secteurs industriels, en particulier les mines».