Michael Fortier nommé sénateur - Harper désigne un non-élu pour représenter Montréal

Montréal ne sera pas restée orpheline très longtemps au sein du gouvernement de Stephen Harper. Pour assurer une représentation de la région métropolitaine qui ne compte aucun élu conservateur, le nouveau premier ministre a nommé hier son proche conseiller Michael Fortier sénateur puis ministre des Travaux publics et Services gouvernementaux.

Ce non-élu ne siégera pas à la Chambre des communes. C'est plutôt au Sénat que le ministre des Travaux publics répondra aux questions qui pourraient être soulevées sur les nombreux contrats gouvernementaux octroyés par son ministère. Après l'assermentation de son cabinet, Stephen Harper a précisé que cette nomination est conditionnelle à ce que Michael Fortier «démissionne de son poste et soit candidat au Parlement au cours des prochaines élections fédérales». D'ici là, il est hors de question qu'il brigue les suffrages lors d'une élection partielle.

À 44 ans, Michael Fortier fait donc son entrée en politique et se voit confier, outre ses fonctions ministérielles, la responsabilité d'être le «porte-parole pour la grande région de Montréal et la population du Québec» dans le gouvernement Harper.

Par voie de communiqué, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a donné l'assurance de sa collaboration «pour faire avancer les dossiers importants pour Montréal». Du même souffle, il a souligné l'importance du geste du premier ministre de donner une voix à Montréal au sein du cabinet.

À la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, on se réjouissait également de cette décision. «Le nouveau premier ministre tend ainsi la main à l'une des plus grandes villes du Canada. [...] Montréal doit être respectée à sa juste valeur dans l'économie canadienne», a déclaré la présidente de l'organisme, Isabelle Hudon.

Peu connu

Peu connu du grand public, Michael Fortier fait néanmoins partie de la garde rapprochée de M. Harper depuis trois ans. Avec un carnet d'adresses bien rempli et un réseau de personnes-ressources dans la haute finance québécoise, M. Fortier est devenu un incontournable dans l'équipe conservatrice, tant au Québec qu'au plan national.

Il a été le principal organisateur de M. Harper au Québec lors de la course au leadership qui est venue sceller la fusion entre l'Alliance canadienne et le Parti progressiste conservateur. Il a coprésidé la dernière campagne électorale et fait partie de l'organisation nationale du scrutin de juin 2004.

L'implication politique de cet homme d'affaires remonte à 1996, alors que les troupes conservatrices étaient en déroute. Contre vents et marées, M. Fortier a été le président du Parti progressiste-conservateur (PPC). C'est à cette époque qu'il a connu Jean Charest, alors chef conservateur; les deux hommes ont conservé des liens étroits. Lorsque M. Charest se lance à la conquête du Québec en 1998, Michael Fortier tente sa chance à la direction du PPC. Deux ans plus tard, il brigue les suffrages dans Laval-Ouest et essuie une deuxième défaite.

Financier et avocat, M. Fortier circule depuis plusieurs années parmi l'élite du Québec inc. On le dit proche des Réal Raymond de la Banque nationale, Serge Godin de l'entreprise informatique CGI, Pierre-Karl Péladeau de l'empire Quebecor ainsi que de l'ancien premier ministre Brian Mulroney. M. Fortier était jusqu'à récemment directeur du financement des sociétés pour le Québec chez Valeurs mobilières TD. Auparavant, il a dirigé pendant cinq ans le cabinet d'avocats d'Ogilvy Renault à Londres, où il était spécialisé dans les dossiers de privatisation. En 1999, il est devenu directeur général pour le Québec et les Maritimes de la plus importante banque d'affaires au monde, Crédit Suisse First Boston.

Originaire de Québec

Le lieutenant de M. Harper est originaire de Québec, où il a fait ses études de droit. Sa soeur Margaret est ministre déléguée à la Protection de la jeunesse et à la Réadaptation dans le gouvernement Charest. Hier, Margaret (Fortier) Delisle ne cachait pas sa fierté de voir son frère accéder au saint des saints. «Il a toutes les compétences nécessaires pour à la fois être responsable de Montréal et aussi du portefeuille des travaux publics. Ma mère est très fière aussi. C'est son petit dernier», a-t-elle raconté au Devoir.

La ministre Delisle a également vanté l'intégrité de son frère. «C'est un homme d'honneur. Il va prendre les décisions qui s'imposent. C'est pas un gars qui va profiter du système. C'est un homme de principe, et je pense que M. Harper a un adjoint extraordinaire», a ajouté Mme Delisle.

Cette situation où frère et soeur sont ministres en même temps à des paliers gouvernementaux différents n'est pas unique. À la fin des années 1980, Monique Bourbeau-Landry a été ministre fédérale dans le cabinet Mulroney, alors que son frère, André Bourbeau, assumait des responsabilités ministérielles avec Robert Bourassa sur la scène québécoise.

Avec la collaboration d'Antoine Robitaille