Harper sort des lapins de son chapeau

Le nouveau premier ministre du Canada, Stephen Harper, entouré de Jean-Pierre Blackburn, nommé ministre du Travail et de l’Agence de développement économique pour les régions du Québec, et de Michaëlle Jean, gouverneure générale du Canada.
Photo: Agence Reuters Le nouveau premier ministre du Canada, Stephen Harper, entouré de Jean-Pierre Blackburn, nommé ministre du Travail et de l’Agence de développement économique pour les régions du Québec, et de Michaëlle Jean, gouverneure générale du Canada.

Ottawa — Le gouvernement Harper fraîchement assermenté a fait une entrée fracassante hier à Ottawa, alors que plusieurs nominations au cabinet sont hautement controversées et font déjà plier certains principes chers aux conservateurs. Défection politique, entrée au cabinet d'un ministre non élu, nomination houleuse à la Justice et à la Défense... et pour couronner le tout, en fin de journée, Stephen Harper a annoncé la fin de l'entente sur les garderies conclues avec les provinces, tel qu'il s'y était engagé.

La prise de pouvoir officielle du gouvernement de Stephen Harper s'est faite hier au milieu d'une avalanche de surprises et de rebondissements. Le nouveau premier ministre a d'ailleurs profité de cette journée chargée pour annoncer que la Chambre des communes reprendrait ses travaux le 3 avril prochain, refusant de préciser à quel moment son gouvernement déposerait son premier budget.

Le nouveau premier ministre a toutefois été beaucoup plus clair quant à la mise en oeuvre de son allocation de 1200 $ par année destinée à chaque enfant de moins de six ans. Stephen Harper a annoncé que cette aide aux parents, qui constitue une des cinq priorités de son gouvernement, entrerait en vigueur dès le 1er juillet prochain. Une annonce qui a automatiquement entraîné la mort de l'entente sur les garderies signée par le gouvernement précédent avec les provinces.

Mais avant ces annonces, Stephen Harper avait ébranlé tous les observateurs de la scène politique fédérale, y compris ses propres députés, en nommant David Emerson et Michael Fortier dans son cabinet.

Ainsi, dès sa première journée à la tête du pays, Stephen Harper a servi aux libéraux la même médecine qu'il a subit lorsque Belinda Stronach a traversé le plancher de la Chambre des communes le printemps dernier. David Emerson était ministre de l'Industrie dans le dernier gouvernement Martin et a remporté avec succès les élections du 23 janvier sous les couleurs libérales, dans le comté de Vancouver-Kingsway. Membre du Parti libéral il y a exactement deux semaines, il est aujourd'hui ministre conservateur du Commerce international.

M. Harper, qui soutenait le printemps dernier que les défections politiques alimentaient le cynisme des gens, a justifié son geste par le talent de David Emerson et la nécessité d'avoir un ministre qui représente la ville de Vancouver. «Il est entré en politique pour servir au cabinet, a expliqué Stephen Harper. J'ai décidé de l'appeler pour lui dire que ses talents seraient plus utiles au gouvernement que dans l'opposition. Je pense qu'il sera confortable dans notre parti.»

Le principal intéressé estimait hier ne pas avoir trahi les électeurs qui lui ont fait confiance il y a à peine deux semaines. «Je me suis demandé si je ne pourrais pas mieux servir les gens de mon comté et de la Colombie-Britannique en étant au sein du gouvernement», a-t-il dit (voir autre texte en page A3).

Stephen Harper a utilisé des arguments semblables pour expliquer la nomination de Michael Fortier au poste de ministre des Travaux publics. M. Fortier, qui n'a pas tenté sa chance aux dernières élections, est un fidèle de Harper depuis plusieurs années, ayant notamment codirigé la dernière campagne électorale. Pour lui permettre d'atterrir au cabinet sans le faire rapidement passer par une élection partielle, Stephen Harper l'a immédiatement nommé sénateur, contrevenant automatiquement à deux principes conservateurs: ne pas assermenter des non-élus au cabinet et s'abstenir de nommer des sénateurs qui n'ont pas été choisis par les citoyens ou les provinces.

Cinq ministres du Québec

L'arrivée-surprise de Michael Fortier permet donc au Québec de compter sur cinq ministres au cabinet, qui renfermera au total seulement 27 députés, incluant Stephen Harper. Un cabinet restreint qui fait en général la part belle à l'Ontario (neuf ministres), tout en écartant plusieurs loyaux députés compétents du cercle du pouvoir.

Au Québec, outre Michael Fortier, Maxime Bernier et Lawrence Cannon héritent comme prévu de postes importants. Le député de Beauce aura la charge du ministère de l'Industrie, alors que Lawrence Cannon s'occupera du ministère des Transports, en plus de prendre la relève du libéral John Godfrey aux Infrastructures et Collectivités. Par contre, contre toute attente, M. Cannon ne devient pas vice-premier ministre, puisque Stephen Harper a décidé d'abolir ce titre pour la première fois depuis 25 ans.

Josée Verner aura quant à elle la responsabilité de la Francophonie, des Langues officielles et de l'Agence canadienne de développement international (ACDI). Jean-Pierre Blackburn se retrouve ministre du Travail et du Développement régional du Québec.

L'Ontario récolte certains des postes les plus importants du cabinet. Ainsi, trois anciens ministre sous le gouvernement de Mike Harris entrent par la grande porte. Jim Flaherty sera aux Finances, Tony Clement à la Santé et John Baird devient président du Conseil du Trésor. Est-ce à dire que la touche de Mike Harris sera visible dans le gouvernement Harper? «Les priorités du gouvernement Harris de 1995 ne sont pas celles du gouvernement Harper de 2006. Nos priorités actuelles sont claires», a précisé Tony Clement.

C'est une unilingue anglophone, Beverly Oda, qui hérite du ministère du Patrimoine canadien, responsable de la culture. Diane Finley aura quant à elle la responsabilité d'implanter l'allocation de 1200 $ par enfant de moins de six ans, puisqu'elle est à la tête de l'imposant ministère des Ressources humaines, que le premier ministre a décidé de refusionner.

Toujours en Ontario, c'est le vétéran Rob Nicholson qui aura la délicate tâche d'être le capitaine des procédures parlementaires pour le navire conservateur avec son titre de leader en Chambre. Gordon O'Connor obtient de son côté le ministère de la Défense, là où il a déjà été lobbyiste, ce qui risque de créer des remous. Finalement, le député ontarien Michael Chong hérite des Affaires intergouvernementales, même si son français est quasi-inexistant. Marjory LeBreton sera leader du gouvernement au Sénat.

Stephen Harper a choisi de nommer un faucon de droite à la Justice en la personne de Vic Toews, ancien titulaire de ce portefeuille au Manitoba. Même drôle de signal pour le ministère de l'Environnement, qui sera contrôlé par l'Alberta. C'est la jeune Rona Ambrose, 36 ans, qui sera en charge.

L'Alberta obtient aussi les Affaires autochtones, qui seront la responsabilité du bilingue Jim Prentice. Son collègue Monte Solberg hérite quant à lui de la Citoyenneté et de l'Immigration. La Saskatchewan voisine renferme la nouvelle ministre du Revenu national, Carol Skelton. Outre David Emerson, la Colombie-Britannique alignera trois autres ministres: Stockwell Day à la Sécurité publique, Gary Lunn aux Ressources naturelles et Chuck Strahl à l'Agriculture. Dans les provinces maritimes, Peter MacKay, en Nouvelle-Écosse, devient le nouveau ministre des Affaires étrangères, alors que Loyola Hearn, de Terre-Neuve, obtient les Pêches et Océans. Greg Thompson, du Nouveau-Brunswick, sera à la tête des Anciens combattants.
1 commentaire
  • FARID KODSI - Inscrit 7 février 2006 22 h 53

    Harper - un coup de maître

    Le nouveau premier ministre du Canada a joué tout un tour aussi bien aux députés de son propre parti qu'à ceux de l'opposition en annonçant quelques nominations surprises qu'aucun journaliste n'avait prévu, même les plus futés de CBC et de Radio-Canada qui se prennent pour les maîtres de la nouvelle au Canada.

    Un premier geste fort bien réussi de la part d'un premier ministre qui veut prouver à la population canadienne qu'il entend bien gouverner ce grand pays avec audace et rigueur.

    Bravo, M. Harper!