La ministre du Patrimoine, une unilingue anglophone

Pour la première fois depuis sa création il y a dix ans, le ministère du Patrimoine canadien sera dirigé par une députée qui ne maîtrise pas le français, une des deux langues officielles du pays. Beverly Oda, représentante de la circonscription ontarienne de Durham, devient la quatrième titulaire du poste après deux courts passages des libérales Hélène Chalifour Scherrer et Liza Frulla et un long règne, celui de la colorée Sheila Copps (1996-2003).

«Mme Oda ne parle pas français? Je ne le savais pas. Mais ce n'est pas un drame parce que nous, nous parlons anglais», a commenté l'écrivain Stanley Péan, porte-parole du Mouvement pour les arts et les lettres (MAL). «C'est un des paradoxes de ce pays. Il pourra facilement être surmonté.»

Le ministère du Patrimoine canadien a été créé par le premier ministre Jean Chrétien en juillet 1996, en fusionnant le ministère du Multiculturalisme et de la Citoyenneté et celui des Communications. À ce dernier poste, il faut remonter à Flora MacDonald (1986-1988), sous Brian Mulroney, pour trouver une unilingue anglophone. En fait, presque tous les titulaires du ministère des Communications — depuis sa création par Pierre Elliott Trudeau en 1969 —, de Gérard Pelletier (1972-1975) et Jeanne Sauvé (1975-1979) à Francis Fox (1980-1984) et Marcel Masse (1989-1991), étaient parfaitement bilingues.

Le portefeuille du Patrimoine canadien, l'équivalent fédéral du ministère de la Culture et des Communications du Québec, comprend plusieurs organismes nationaux, dont Bibliothèque et archives Canada (BAC), le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) et l'Office national du film (ONF). Ce ministère inclut aussi une dizaine de sociétés d'État, dont Radio-Canada/CBC, Téléfilm Canada, le Conseil des arts du Canada et les grands musées de la capitale fédérale.

Bev Oda (elle préfère le diminutif) a été élue à la Chambre des communes pour la première fois en 2004. Jusqu'à tout récemment, elle était porte-parole du Parti conservateur pour le patrimoine canadien. Ancienne enseignante, elle a travaillé pendant plus de 20 ans dans le secteur de la radiodiffusion publique et privée. En 1999, elle est devenue vice-présidente principale aux affaires industrielles à CTV. De 1987 à 1993, elle a servi comme commissaire au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes.

Elle accède aux hautes fonctions après avoir soufflé le chaud et le froid durant la dernière campagne. Bev Oda a d'abord affirmé qu'un gouvernement conservateur remplirait la promesse libérale de doubler le budget du Conseil des arts du Canada (CAC), pour le faire passer à 300 millions en 2008. Elle a ensuite précisé au Devoir que le CAC, comme tous les autres organismes fédéraux, devrait prouver son «efficacité» avant de recevoir des fonds supplémentaires.

«Nous demandons à rencontrer la nouvelle ministre le plus tôt possible», a commenté Anne-Marie Jean, de Culture Montréal, porte-parole de la Coalition canadienne des arts, une sorte de MAL pancanadien formé pour réclamer une hausse du financement annuel des arts de cinq dollars per capita, correspondant dans les faits à la promesses libérale. Comme Stanley Péan, Mme Jean se déclare heureuse de la nomination de Mme Oda. «Elle connaît bien les dossiers culturels et elle a déjà appuyé la hausse des budgets du temps où elle siégeait dans l'opposition», ajoute le porte-parole du MAL.