Des patrons contents et des syndicats prudents

Québec — Le monde québécois des affaires a applaudi hier la composition du nouveau cabinet Harper alors que les centrales syndicales sont demeurées prudentes, manifestant néanmoins un optimisme modéré.

«Il faut donner la chance au coureur, a commenté la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau. M. Harper se comporte, il faut le dire, comme quelqu'un d'habile.»

Mme Carbonneau estime que le premier ministre s'en est plutôt bien tiré en réservant une bonne représentation du Québec au sein d'un cabinet restreint de 26 ministres.

«Il a aussi été habile en compensant la sous-représentation de Montréal et en renvoyant l'ascenseur à la région de Québec», a-t-elle poursuivi.

Reste maintenant à voir si le premier ministre sera en mesure de «livrer la marchandise» en réalisant ses engagements de régler le déséquilibre fiscal et d'accorder au Québec une place accrue dans les forums internationaux, a-t-elle mentionné.

Plus encore, le nouveau gouvernement sera vite confronté à d'autres tests majeurs, notamment le règlement du contentieux sur le bois d'oeuvre et la réforme de l'assurance-emploi, at-elle ajouté.

Aussi, le nombre de ministres de «la couvée de Mike Harris» au sein du cabinet Harper inquiète la présidente de la CSN. Même la nomination de Maxime Bernier à l'Industrie soulève des questions, selon Mme Carbonneau.

«M. Bernier a fait sa marque à l'Institut économique de Montréal, ce qui n'est pas tout à fait un repaire de gauchistes», a-t-elle fait remarquer.

Le président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Réjean Parent, partage les mêmes préoccupations que sa collègue de la CSN.

«On veut bien être bon joueur et donner la chance au coureur, mais quand un ancien ministre du cabinet de Mike Harris accède aux Finances [Jim Flaherty], il y a de quoi s'interroger sur la suite des choses», a-t-il dit.

L'autre source d'inquiétude de la CSQ est le «supposé fédéralisme d'ouverture» de Stephen Harper, a dit M. Parent.

«Il n'a pas manifesté son intention de renoncer à passer outre les compétences du Québec en matière de services de garde. Disons que nous sommes heureux que ce soit un gouvernement minoritaire», a-t-il indiqué.

Pour sa part, la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) a dit vouloir accorder au nouveau gouvernement la chance de se faire valoir.

«Mais il faut qu'il soit conscient que nous ne lâcherons pas le morceau sur des dossiers que nous mettons de l'avant depuis nombre d'années», a toutefois prévenu le secrétaire général de la FTQ, René Roy.

En outre, la FTQ compte veiller à ce que le gouvernement Harper ne glisse pas sous le tapis son engagement de régler le déséquilibre fiscal.

Quant à eux, les patrons ont exprimé un enthousiasme sans réserve à l'endroit du nouveau conseil des ministres.

«On trouve que M. Harper a fait une belle place au Québec dans son cabinet», a dit la présidente par intérim du Conseil du patronat du Québec (CPQ), Diane Bellemare.

Selon elle, les nominations de Michael Fortier à titre de ministre responsable de la région de Montréal et de David Emerson au Commerce international sont «les deux belles surprises» du cabinet.

«C'est certainement un conseil des ministres axé sur la rigueur et nous en sommes très heureux. En plus, on y voit un bel équilibre des forces», a-t-elle dit.

La Fédération québécoise des municipalités (FQM) considère de son côté que le développement économique sera bien soutenu par les ministres Lawrence Cannon, Jean-Pierre Blackburn et Maxime Bernier, trois députés issus des régions.

«Trop de gouvernements à Ottawa ont, par le passé, favorisé les grandes villes au détriment des milieux ruraux qui sont menacés de dévitalisation», a déclaré le président de la FQM, Michel Belzil, qui entend prochainement rencontrer M. Cannon, nouveau ministre des Transports, de l'Infrastructure et des Collectivités.