Le casse-tête de Harper

Stephen Harper
Photo: Agence Reuters Stephen Harper

Lundi matin, le premier ministre Stephen Harper prendra officiellement les rênes de l'État en compagnie de son tout nouveau cabinet. Un conseil des ministres qui sera évidemment moins expérimenté que celui du Parti libéral, au pouvoir depuis 13 ans, mais qui renfermera tout de même les poids lourds du Parti conservateur. Qui sont donc ces députés qui accéderont au cercle restreint du pouvoir? Tour d'horizon.

Ottawa — Construire un cabinet est toujours un énorme casse-tête pour un premier ministre, spécialement quand son parti sort d'une traversée du désert qui a duré 13 ans. De loyaux députés attendent une récompense pour service rendu, alors que de nouvelles vedettes élues le 23 janvier se sont fait promettre une place autour de la table du cabinet.

Il y aura donc plusieurs déceptions au sein de la députation lundi, surtout que Stephen Harper désire mettre à l'oeuvre un cabinet plus restreint que celui de Paul Martin. Il viserait 28 à 30 ministres, plutôt que les 37 du cabinet libéral. Autant de place en moins pour contenter ses troupes.

Par contre, heureuse surprise pour le chef conservateur, le Québec a finalement répondu à l'appel, ce qui lui enlève une épine du pied. Stephen Harper possède un bassin de dix députés au Québec dans lequel piger des ministres, même si quatre élus se démarquent clairement: Lawrence Cannon, Maxime Bernier, Josée Verner et Jean-Pierre Blackburn.

L'Ontario, qui a donné 16 nouveaux députés au PC, montera aussi en grade dans les rangs conservateurs. Des anciens ministres du gouvernement Harris, comme Jim Flaherty, Tony Clement et John Baird, apporteront un peu d'expérience au groupe.

Très peu d'information a filtré sur la composition du cabinet, de sorte que prédire le poste où atterrira tel ou tel député devient un jeu hasardeux. Il y a par contre une certitude: de 15 à 20 poids lourds du Parti conservateur sont incontournables et seront au conseil des ministres.

Outre les 12 députés décrits ci-dessous, il faut ajouter quelques figures importantes qui devraient se retrouver au cabinet. Au Québec, le choix de Josée Verner et de Jean-Pierre Blackburn fait peu de doute, probablement dans des postes «juniors». Le jeune député bilingue de la Colombie-Britannique James Moore devrait être du nombre, tout comme l'ancien ministre ontarien sous Mike Harris John Baird. En Alberta, qui regorge de députés d'expérience, les élus bilingues Jason Kenney, Rahim Jaffer et Jim Prentice cognent à la porte, alors que le vétéran Monte Solberg, proche de Harper, fait l'unanimité. Pour le reste, les paris sont ouverts.

***

- Lawrence Cannon, 58 ans, Québec

Postes pressentis: vice-premier ministre, ainsi qu'un autre poste important, peut-être ministre de la Défense, des Affaires étrangères ou des Affaires intergouvernementales.

Bras droit de Stephen Harper au Québec, Lawrence Cannon est en partie responsable de la percée du Parti conservateur dans la province. Il est diplômé en science politique de l'Université de Montréal (1971) et possède un MBA de l'Université Laval (1979). Député de l'Assemblée nationale sous les couleurs du Parti libéral entre 1985 et 1994, il a occupé plusieurs fonctions ministérielles, notamment celle de ministre des Communications au début des années 90. Bilingue, il a voyagé beaucoup en Europe et en Amérique latine. Il sera l'un des ministres les plus importants du cabinet.

***

- Peter MacKay, 40 ans, Nouvelle-Écosse

Postes pressentis: ministre de la Justice et/ou de la Sécurité publique.

Si Lawrence Cannon n'accède pas au poste de vice-premier ministre, Peter MacKay arrive en tête de liste avec la députée Diane Ablonczy. Sans Peter MacKay, il n'y aurait pas de Parti conservateur au pouvoir aujourd'hui. À l'origine de la fusion de la droite avec Stephen Harper, il est leader adjoint du PC depuis la fusion des partis en 2004. Si le poste de vice-premier ministre lui échappe, ce sera seulement parce que Harper veut envoyer un signal clair au Québec. Mais Peter MacKay aura assurément un poste important, lui qui est entré en politique pour que le système de justice soit plus sévère. Avocat, modéré, il serait logique de le retrouver comme ministre de la Justice.

***

- Rona Ambrose, 36 ans, Alberta

Postes pressentis: ministre des Ressources humaines ou de l'Immigration.

Figure montante du Parti conservateur, Rona Ambrose a travaillé comme consultante pour le gouvernement de Ralph Klein. Elle parle plusieurs langues, dont l'espagnol et le portugais. Son français est moyen. Elle a fait un bon travail comme critique en matière de ressources humaines. C'est notamment ce ministère qui pourrait piloter la mise en place de la politique de 1200 $ par année par enfant de moins de six ans.

***

- Stockwell Day, 56 ans, Colombie-Britannique

Postes pressentis: ministre du Revenu national, du Conseil du trésor, de l'Industrie ou du Travail.

L'ancien chef de l'Alliance canadienne ne sera pas ministre des Affaires étrangères, même s'il a été critique de ce portefeuille dans l'opposition. Ses déclarations passées sur le Proche-Orient l'empêchent d'occuper ce poste. Il a toutefois été ministre des Finances et du Travail en Alberta, ce qui lui donne des connaissances précieuses en économie. Bilingue, il pourrait également être sur les rangs comme ministre des Finances. Aucun poste à caractère social en vue pour lui.

***

- Jim Flaherty, 56 ans, Ontario

Postes pressentis: ministre des Finances ou de la Justice.

Si Jim Flaherty n'accède pas au poste de ministre des Finances, lui qui a occupé cette fonction sous le gouvernement Harris, c'est justement parce que Stephen Harper voudra ménager l'image de son parti auprès des Ontariens qui gardent un mauvais souvenir des années Harris. C'est que M. Flaherty s'est démarqué comme un des ministres des Finances les plus à droite que le pays ait connus. Par contre, gérer les surplus d'Ottawa n'est pas une tâche aussi complexe. Il est aussi diplômé de la prestigieuse Osgoode Hall Law, ce qui le rend admissible au poste de ministre de la Justice.

***

- Maxime Bernier, 43 ans, Québec

Postes pressentis: ministre de l'Industrie ou du Transport.

Élu par une majorité écrasante en Beauce, Maxime Bernier est assuré d'entrer au cabinet. Il fait partie de ceux que Stephen Harper considère comme les étoiles montantes du Parti conservateur. Homme d'affaires, il a également siégé à l'Institut économique de Montréal, un think tank de droite. Doué d'une bonne tête économique (il a notamment déjà conseillé Bernard Landry), il devrait se retrouver à un poste qui met en valeur ses compétences. Avec Lawrence Cannon, il sera probablement le seul autre ministre dit «senior» du cabinet pour le Québec.

***

- Vic Toews, 54 ans, Manitoba

Postes pressentis: ministre de la Sécurité publique ou du Travail.

Vic Toews a une vaste expérience comme politicien au Manitoba, où il a déjà occupé le poste de ministre du Travail. Par contre, c'est à la Justice qu'il a passé la majeure partie de son temps. Il était d'ailleurs critique en cette matière pour le PC au niveau fédéral jusqu'aux dernières élections. Il pourrait se retrouver ministre de la Justice, mais ses prises de position passées, notamment sur l'avortement, l'ont peinturé très à droite de l'échiquier politique. La Sécurité publique serait moins controversée pour lui.

***

- Diane Ablonczy, 56 ans, Alberta

Postes pressentis: ministre de l'Immigration, de la Santé ou des Ressources humaines.

C'est une fidèle de Stephen Harper depuis les débuts du Reform Party. Élue pour la première fois à Ottawa en 1993, elle fait partie des personnes de confiance du chef conservateur. Tenace, intelligente et déterminée, c'est elle qui a obtenu la tête de la ministre libérale de l'Immigration, Judy Sgro, plongée dans un scandale sur des permis accordés à des danseuses roumaines. Elle pourrait être ministre de l'Immigration, des Ressources humaines ou de la Santé sans problème.

***

- Beverly Oda, 61 ans, Ontario

Postes pressentis: ministre du Patrimoine et/ou du Multiculturalisme.

Détentrice d'un baccalauréat en art de l'Université de Toronto, Beverly Oda a fait toute sa carrière dans le domaine des communications, tantôt à TV Ontario, tantôt au CRTC. Elle était critique du ministère du Patrimoine pour le Parti conservateur jusqu'aux dernières élections. Si elle n'accède pas à ce poste de ministre, c'est parce que Stephen Harper aura voulu accorder un plus grand rôle à Josée Verner dans son cabinet en lui confiant ce ministère.

***

- Tony Clement, 45 ans, Ontario

Postes pressentis: ministre de l'Environnement, de la Santé ou des Transports.

Un autre ministre du gouvernement Harris qui accédera au cabinet. Tony Clement avait aussi tenté sa chance lors de la course au leadership du Parti conservateur fusionné, terminant troisième derrière Belinda Stronach et Stephen Harper. Il a déjà occupé les trois postes pressentis au niveau provincial. Considéré lui aussi très à droite, notamment dans le domaine de la santé, il a eu plusieurs accrochages personnels avec Jim Flaherty, qui atterrira lui aussi au cabinet. Cette animosité pourrait jouer un rôle dans l'attribution de leurs postes, question qu'ils n'aient pas à travailler ensemble trop souvent.

***

- Jay Hill, 64 ans, Colombie-Britannique

Poste pressenti: leader du gouvernement en Chambre.

Dans un gouvernement minoritaire, savoir jouer avec la procédure parlementaire pour faire passer les projets de loi est essentiel. Or, dans ce domaine, Jay Hill a bien réussi dans l'opposition. Il connaît les trucs et a l'arrogance qu'il faut pour occuper ce poste efficacement. Lui et Tony Valeri, son vis-à-vis libéral, s'étaient livré une bataille de procédure épique le printemps dernier.

***

- Rob Nicholson, 53 ans, Ontario

Postes pressentis: ministre de la Justice ou des Affaires étrangères.

Député depuis 1984, Rob Nicholson est le seul élu du Parti conservateur à avoir le titre d'honorable (outre Stephen Harper comme chef) pour avoir siéger au cabinet auparavant. Entre 1989 et 1993, il a été secrétaire parlementaire du ministre de la Justice, avant de monter en grade comme ministre des Sciences et des Petites Entreprises dans l'éphémère gouvernement Campbell. Certains le voient aux Affaires étrangères parce qu'il a notamment planché sur les problèmes de frontière avec les États-Unis.