Les nouveaux élus se familiarisent avec leur futur lieu de travail

Ottawa — Il y avait 68 visiteurs bien spéciaux dans les corridors du parlement hier, mais, une chose est sûre, ils n'avaient pas la tête au tourisme mais plutôt au travail.

Les nouveaux députés élus le 23 janvier dernier ont fait leur entrée par la grande porte du parlement, invités à participer à une session d'orientation visant à les familiariser au travail qui les attend au cours des prochains mois.

Les pages des documents remis leur donnent des conseils sur l'organisation de leur temps, de leurs bureaux, de la gestion du budget et du personnel.

«On est en train de faire du bourrage de crâne», a noté Denise Savoie, députée néo-démocrate représentant Victoria, un sourire aux lèvres montrant que la plainte n'était pas à prendre trop au sérieux venant de cette ancienne enseignante.

Rapidement, ces recrues ont aussi eu une bonne idée de ce qui deviendra leur quotidien à Ottawa: longues heures à écouter des débats interminables aux Communes, travail anonyme en comité parlementaire, frustrations au sein du caucus, éloignement de la famille et gestion de «dossiers de comté» à distance.

Pour les conseiller, des députés d'expérience étaient sur place. «Je pense que le premier conseil c'est: n'oubliez pas que vous avez aussi une famille», a soutenu l'ancien ministre libéral, Don Boudria, qui a tiré sa révérence de la politique cet automne.

Le gouvernement conservateur entrera officiellement au pouvoir lundi, mais déjà les députés qui ont été portés par la vague bleue dans la région de Québec se disaient d'attaque. Le député conservateur de Beauce, Maxime Bernier, cachait mal son impatience à se mettre au travail.

«J'ai bien hâte de parler à mes collègues et à mes amis des autres partis pour essayer de réaliser des choses et, surtout, de travailler en collaboration avec tous les partis parce que nous sommes un gouvernement minoritaire et il faut se comporter en gouvernement minoritaire», a lancé le député, répétant que le gouvernement de Stephen Harper devra faire preuve «d'ouverture» s'il veut se maintenir au pouvoir.

M. Bernier, que bien des rumeurs envoient au conseil des ministres, pourrait bien avoir un rôle actif à jouer en ce sens.

En politicien prudent, il a savamment esquivé toutes les questions sur une possible nomination au cabinet, se contentant de dire qu'il a d'abord été élu pour représenter les Beaucerons. M. Harper et son conseil de ministres seront assermentés lundi.

Le député de Beauce n'était pas le seul conservateur du Québec présent à la séance de formation hier. Son collègue de Mégantic-L'Érable, Christian Paradis, se disait comblé. «C'est excitant; c'est l'inconnu, mais en même temps, c'est l'aboutissement d'un long travail ardu.»

Pour Sylvie Boucher, élue dans Beauport-Limoilou, c'est le début de «la grande aventure». Jacques Gourde, député de Lotbinière-Chu-tes-de-la-Chaudière, affirmait ressentir une certaine «frénésie. Et quand tu traverses le seuil [du parlement] pour la première fois, c'est vraiment émouvant».

Connu dans l'opinion publique comme un animateur de radio que rien n'arrête, le nouveau député indépendant de Portneuf, André Arthur, se disait rien de moins qu'«intimidé» par sa première journée aux Communes.

«Je me sens comme à ma première journée au primaire, quand ma mère m'a botté le derrière à la porte d'école et qu'elle s'est sauvée pour aller magasiner», a lâché M. Arthur, dans le langage coloré qu'on lui connaît.

«Mettons que c'est un peu intimidant, c'est insolite, et il faut se faire à l'idée», a-t-il ajouté.